L’actualité économique nous a récemment livré d’hasardeuses décisions qui ne font pas honneur à nos leaders politiques. Entre Brexit impréparé, luxleaks honteusement protégé et présidents de l’Union Européenne incriminés, le personnel politique à la tête de certaines de nos institutions semble nager dans une parfaite immoralité…

Le Brexit

Après une campagne pendant laquelle les leaders partisans de la sortie du Royaume Uni n’ont pas hésité à ponctuer leurs discours de multiples contre vérités, nos voisins d’outre-manche ont décidé de quitter l’Europe. Le plus symptomatique de ces mensonges est, sans nul doute, celui sur l’immigration. Alors que l’Angleterre n’a pas souscrit aux accords Schengen qui prônent la libre circulation des personnes au sein de l’Europe, c’est la reprise du contrôle des frontières qui a été l’un des arguments les plus mis en avant, flattant ainsi les instincts anti-émigrés qui se développent dans la population. Mais ce qui peut paraître le plus lâche dans la démarche du “bouffon Boris”, l’ancien maire de Londres qui voulait prendre la place du premier ministre David Cameron et de Nigel Farage, le chef des indépendantistes de l’UKIP, c’est que l’un et l’autre ont démissionné de leur mouvement politique après la réussite de leur campagne pour le “out” lors du referendum du 23 juin.

Luxembourg Leaksimages

Il s’agit du scandale financier révélant le contenu de centaines d’accords très avantageux conclus avec le fisc luxembourgeois par des cabinets d’audit pour le compte de nombreux clients internationaux tels Apple, Amazon et Ikea. Deux lanceurs d’alerte ont été poursuivis par la justice luxembourgeoise pour avoir fait fuiter les documents ayant permis ces révélations. En revanche, aucune des sociétés ayant commis ces transgressions n’a été inquiétée, celles-ci étant considérées comme légales au Luxembourg. Ce qui peut paraître incompréhensible lorsque l’on apprend notamment que 1600 entreprises étaient enregistrées à la même adresse, certaines obtenant un taux d’imposition inférieur à 1 %. Le jugement rendu le 29 juin contre les deux lanceurs d’alerte Antoine Deltour et Raphaël Halet les condamne respectivement à 12 et 9 mois avec sursis et 1500 € et 1000 € d’amendes. “Ce sont les voleurs qui instruisent le procès et ce sont ceux qui nous ont prévenus qui sont poursuivis ; on est dans quelque chose de complètement kafkaïen” s’exclamait un journaliste du procès. Or, à l’époque des faits, le premier ministre du Luxembourg était Jean-Claude Juncker, devenu en novembre 2014, président de la Commission Européenne. Il fût ainsi obligé de renier ses propres magistrats pour essayer d’échapper aux critiques virulentes qui l’assaillirent à l’issue de ce procès. D’autant qu’il avait réussi à évincer de cette présidence Michel Barnier dont la réputation d’intégrité fit probablement trop peur à nos politiciens.

Barroso et Goldman Sachs

Peu de jours après cette décision des tribunaux luxembourgeois, on apprenait que José Manuel Barroso, l’ancien président de la Commission Européenne (2004-2014), était nommé conseiller et président non exécutif de Goldman Sachs International. Il s’agit de la banque d’affaires américaines qui a, notamment, contribué à la falsification des comptes de la Grèce afin qu’elle entre dans la zone euro. Or, en tant que président de l’Europe pendant 10 années, il a vu passer tous les dossiers et connaît tous les rouages de la machine européenne. Et cette banque internationale a bien besoin de savoir tout ce qui se prépare à Bruxelles en termes de réglementations dans ses domaines d’activité. Bien évidemment, cette embauche a provoqué un déluge de critiques, en particulier de la part des concurrents, criant aux conflits d’intérêts.

Que la confiance que nous mettons au sein de certains hommes politiques soit ainsi bafouée donne à réfléchir, particulièrement à ceux qui les ont élus ou fait élire. Mais il ne faut pas s’étonner que leur leadership et leur absence de moralité participe à la création d’un terrain propre à favoriser la multiplication de délinquants en culottes courtes dont les méfaits nous plongent parfois dans l’horreur.

bthionBernard Thion