Quoi de plus vrai, n’est-ce pas ? Surtout si on juxtapose cette maxime de la « sagesse populaire » avec celle (non moins pertinente si on l’adosse au théorème « la vérité sort de la bouche des enfants ») de l’axiome de  « sagesse des écoles maternelles » : « ON est…un con ! »

Et la conjugaison d’enfoncer le clou : « On c’est l’homme », il est donc masculin et singulier, faute de neutre ce qui, n’en doutons pas, ne provoquera plus l’Ire des féministes, en vertu des lois de la transitivité ou des syllogismes en trois bandes qui aboutissent à la conclusion : « L’homme est un con », et à sa probable conséquence « L’homme n’arrêtera pas le progrès ».

Mais qui donc l’arrêtera ? La femme ? Il serait sexuellement discriminant, n’en déplaise aux dites féministes, de le penser, et encore bien plus de le dire !*

La société ? Ce serait bien son rôle, puisqu’elle est supposée faire en sorte que l’intérêt général ne cède pas devant les intérêts particuliers, mais depuis quand avons-nous vu la société (et son incarnation, le gouvernement) s’opposer à quoi que ce soit d’utile au nom du bien commun.

Et les évolutions techniques, utiles comme inutiles, bénéfiques comme mortifères, sont portées aux nues par ceux qui se veulent modernes…Penseurs à courte-vue satisfaisant des intérêts immédiats ou consommateurs manipulés qui comblent dans la surenchère techno le vide abyssal de leur misérable et brève existence.

L’outil a pris le dessus.

Ce qui fut, outre la parole, l’un des éléments déterminants pour démontrer l’intelligence de l’humain  par rapport à l’animal devient, peu à peu, facteur d’aliénation, en tout cas pour la plus grande part de l’humanité.

Une entité supérieure aurait-elle pris le contrôle ? Le « successeur », qu’évoquait Jean-Michel TRUONG en nous comparant, dans notre aveuglement, aux crevettes des étangs, serait-il en train de gagner la bataille ? A moins qu’il ne s’agisse de Skynet, l’intelligence artificielle de la saga Terminator ?

Ne serait-ce pas plutôt l’inverse ? Quel que soit le bénéficiaire, il ne nous a rien pris ; nous lui cédons tout, du fait de la propension à agir comme tout le monde, mise en lumière par Solomon ASCH dans les années 50 et connue sous le nom de « Syndrome de conformité ».

Lorsqu’une majorité est (aujourd’hui il conviendrait de dire paraît car les médias ne représentent guère qu’un entre-soi urbain et sûrement pas une majorité) est favorable à une opinion, et quand bien même il la saurait fausse, l’individu a tendance à suivre…

C’est ainsi qu’il y a quelques années, lorsque je tendais ma carte bancaire aux caissier(e)s des autoroutes ils me répondaient d’un air condescendant (Rôôôô le ringard, il a une carte bleue, et il ne sait même pas s’en servir tout seul) « il y a des automates pour les cartes bleues »,  je les saluais alors d’un « merci et bonne recherche d’emploi »…

C’est ainsi qu’il y a peu j’ai vu, à la caisse « scanlib » de son propre magasin, l’ex caissière qui me vendait voici quelques mois le concept qui l’a déjà remplacée…

C’est ainsi que, pour ne pas rompre l’apparente unité sociale chacun de nous, à un moment ou à un autre se fait violence et suit une voie qui n’est pas la sienne, de peur de passer pour un imbécile ou pour un perturbateur.

Un notaire moderne

Être un notaire moderne, c’est : faire des actes authentiques électroniques !!!

Peu importe que vos actes soient des assemblages semi-automatisés, à peine relus, de clauses sélectionnées à la va-vite, et suivis d’annexes scannées en basse résolution noir et blanc, hein ! S’ils sont électroniques, ils sont MODERNES…Tiens, la preuve, on peut les donner sur clef USB, ou les transmettre par E-mail, hein, c’est-y-pas moderne, ça ?!

Et non, bien sûr cet engouement pour ce support n’a absolument rien à voir avec la flemme de tourner des pages, pas plus que le coût au mètre carré des locaux d’archives…C’est uniquement pour améliorer le service au client qui est « très content », ou même « impressionné de tant de modernité »…

L’acte « électronique » devient immatériel, on n’en fait même plus de copie, ou lorsqu’on en fait une, elle est banale à pleurer, sans aucune solennité…Moins jolie qu’un rapport d’analyse patrimoniale (même faux dès les premières lignes) remis par la « Poste Bancale », ou que le compte-rendu annuel  de gestion de l’expert-comptable…

C’est bien cher, quand même, chez le notaire, pour ne rien avoir de tangible finalement… On se demanderait presque pourquoi on doit encore passer chez ce privilégié d’un autre siècle, qui ne fait que remplir des cases dans un logiciel qui fait tout pour lui…

Tiens, du reste, pourquoi ne pas être moderne jusqu’au bout ? Et voilà que des « start-up », et même des notaires « ubérisent » la profession, avec la bénédiction du Conseil Supérieur du Notariat…

Le rêve  ! Le client ferait l’essentiel du travail, tout serait fait en ligne et l’intelligence artificielle assemblerait les variables pour constituer un acte, qu’on pourrait même signer depuis chez soi, sans déplacement, sans intervention, sans souci, quoi ! Bon, d’accord, les clercs de notaire deviendront superfétatoires, et je ne vous parle même pas des comptables taxateurs ! L’automatisation totale de la rédaction entrainera l’automatisation de la taxe, la facture grandissant à chaque clic pour atteindre un chiffre identique et invariable à acte égal…

Et puis, le notaire lui-même ne servira plus « à rien » puisqu’on pourra certifier les signatures et l’identité des signataires en ayant recours à la reconnaissance d’écriture et à la blockchain…

Génial, non ?

Evolution ?!

Quoi, votre rôle de conseil, de conciliateur, de magistrat de l’amiable ?! Mais voyons, vous le dites et redites depuis 25 ans au bas mot « Le notaire c’est l’acte authentique » ! Point barre…

L’informatique aurait du nous libérer des tâches ingrates et répétitives, elle les aurait plutôt amplifiées jusqu’à présent…J’ai déjà déploré en ces pages d’avoir commencé ma carrière seul avec un ordi antédiluvien à 4,77 Mhz relié en parallèle à une imprimante 35 caractères secondes et de constater qu’aujourd’hui, à quatre personnes, nous avons toujours plus de mal à remplir une tâche identique (certes, mon prédécesseur savait multiplier les actes comme Jésus les pains et les poissons et l’époque s’y prêtait avec les certificats de propriété, les donations entre époux, et les myriades de petits terrains d’avant remembrement, mais quand même !) le miracle technologique n’en est peut-être pas vraiment un…

Elle se propose maintenant de nous libérer totalement du travail ! Ce serait une louable intention, si elle n’avait quelques menus inconvénients que je vous suppose capables de lister par vous-mêmes…En attendant qu’elle y parvienne, nous devons continuer à « aller au charbon », c’est l’occasion ultime de nous demander si nous détestons le travail au point de devoir y renoncer à tout jamais…

Peut-être atteignons-nous maintenant la fin de notre évolution, mais il faut être bien peu lucide pour croire qu’elle profitera à tous, car on oublie trop rapidement que si l’humanité a progressivement découvert les outils, l’homme a toujours été un outil pour l’homme, depuis les temps les plus reculés.

Pourquoi dès lors s’encombrerait-on d’un outil devenu obsolète ?!

Ne soyez pas l’outil, reprenez le contrôle ! Les technologies ne se justifient que si elles améliorent ce pour quoi elles ont été conçues sans détruire tout ce qui leur a permis d’émerger.

Si le progrès fonce tout droit vers un ravin dans lequel l’humanité se perdra, nous avons le choix : tomber avec lui, ou actionner l’aiguillage qui lui permettra de tourner en rond en revenant sur lui-même…Ce que l’on nomme ?!

Une révolution 🙂 !

* Et paf sur la moustache Jean Ferrat, ainsi que sur l’œuvre de Louis Aragon ; la femme est autant l’avenir de l’homme que la poule est l’avenir de l’œuf, na !)