Dans le vaste mouvement de balancier qui nous agite, l’attrait du libéralisme, parce qu’il porte en lui le merveilleux concept de liberté, pâlit de ses propres excès. La Règle revient en force, même si elle a du mal, à Bruxelles, à contrer l’empreinte libérale qui se replie sans se retirer. Notre réflexion ne devrait-elle pas nous conduire, à la manière des turbulences vécues, à la préoccupation essentielle de nos concitoyens : le service au client ?

 

Les « convulsions » libérales portent le notariat, comme l’ensemble économique. Nous savons que, cette fois et une fois de plus, le sens de la vague nous protège. Peut-être nous a-t-il sauvé, même si nos responsables ont su l’accompagner… Ouf ! La tentation, même dans la crise, est aujourd’hui grande de faire pivoter nos réactions vers un repli mou, sans en mesurer les conséquences. Sans doute, notre histoire, nos habitudes ancestrales, notre culture, nous portent-elles, naturellement, vers ce réflexe de protection et de retrait. Profession gestionnaire de l’ordre social, principalement familial, juridique romaniste et formaliste, il est juste que nous soyons imprégnés de cette culture statique et protectionniste. Elle porte aussi sa noblesse et sa justification. Elle sous-tend tout un art de vivre, contre la marée de l’ordre juridique anglo-américain. Mais qu’en est-il de nos concitoyens ? Quelle est leur préoccupation essentielle ?

 

Service client

Nos clients sont assurés tous risques de nos sécurités. C’est nécessaire, mais est-ce bien suffisant ? Entendons-nous bien leur demande récurrente de service ? Voilà un mot qui résonne des échos publicitaires, mis à toutes les sauces et finalement parasitaires. Au fond, nous savons tous, sans trop vouloir nous l’avouer, que la priorité de nos concitoyens n’est plus l’exceptionnelle sécurité authentique. Elle a tellement été mise en exergue qu’elle va désormais de soi. Or, tout ce qui est évident perd de son poids d’auréole. En revanche, le monde tapageur est bien loin de rendre à chacun le service prétendu. En simplifiant, tout se complique. Si les plus jeunes savent « y surfer », nombre de nos concitoyens ne s’y retrouvent plus. Dans le service, la notion sécuritaire reste un élément important, sans être unique. En tous cas, il n’est vécu ni comme essentiel, ni comme prioritaire. Notre législation, foisonnante et précautionneuse, tend à y pourvoir, avec les 7 jours pour renier sa signature, la page d’écriture fourrée dans l’acte authentique, etc. Nous aurions bien tort de nous reposer sur ces lauriers qui nous desservent en offrant de nous suppléer dans nos propres fondements et certitudes.

 

Décalage

Le service espéré, plus que directement sollicité, est tissé de conseils et d’accompagnement chronophage. Il n’est jamais rémunéré directement, toujours de manière induite. Même au beau milieu de la récession, il est souvent délaissé par nos offices, submergés par l’incessante marée montante d’un juridisme qui nous étouffe et dont nos clients se moquent. N’oublions pas que le droit romain du Bas Empire fut emporté par une lente mais inexorable érosion à toujours privilégier la forme sur le fond. La formule intangible prenait le pas sur l’essence jusqu’à devenir supplétive de volonté ! Nos ordinateurs presse-boutons n’ont décidément rien inventé ! Entre notre offre actuelle de la cinquantaine de pages pour une banale vente avec ses annexes, et la demande de service du client, n’éprouvons-nous pas, si on lève juste un peu les yeux du guidon “bilanciel”, cette sensation fugitive d’un décalage qui engendre une déconvenue latente ?

 

Réorienter nos énergies

Après avoir senti le « vent du boulet », puis avoir respiré l’air du soulagement, le temps n’est-il pas venu de répondre au désir de service élargi aux dimensions du patrimoine ? Car si, durablement, il n’est pas satisfait sous nos panonceaux, sa recherche se fera ailleurs, sans qu’il soit besoin d’aller bien loin pour le trouver. Déjà, de toute part, les armes sont aiguisées sur les meules de l’envie et de la jalousie… Le reflux, tout provisoire, de nos traditionnels ouvrages ne devrait-il pas être mis à profit pour réorienter un peu nos énergies ? Sans rien renier de nos fondamentaux sécuritaires, tirer cette leçon de la crise pourrait, après coup, nous la rendre moins difficile…