J’ai fait un rêve…

Lors d’un profond sommeil au creux de mon lit douillet, une bonne fée m’a réveillé en douceur. Elle me chuchota à l’oreille qu’elle permettait à chaque notaire, à peu près vertueux, de réaliser un vœu.

 

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- Un seul ? demandai-je ?

- Un seul, répéta-t-elle, et le temps de réflexion est bref !

Je ne sais pour quelle raison, je lui fis part de mon souhait d’avoir la faculté de lire dans les pensées. Puis, je me rendormis du sommeil du juste, oubliant tout. Le lendemain, ma journée commença normalement… jusqu’à ce que j’arrive à l’étude.

Lors de mes salutations quotidiennes à mon premier collaborateur, et alors qu’il me répondait « Oui ça va, merci, et vous ? », une seconde voix, exactement identique, se fit entendre. Elle disait : « Voilà le patron qui fait semblant de se soucier de moi. Quand est-ce que je vais oser lui dire que ça ne va pas fort  ? ».

Je me dis que je devais être encore sous l’influence de mon rêve de la veille… et je m’en vins trouver ma comptable. J’en profitai pour lui demander une édition de mon tableau de bord. Alors qu’elle obtempérait, j’entendis une petite voix qui disait : « La fin du mois approche, il commence à regarder ce qu’il va pouvoir prélever ! ». Elle dut me trouver bizarre car, tel un zombie proche de l’asphyxie, je me précipitai dans mon bureau, oubliant le tableau de bord…

C’est là que je réalisai que l’apparition féérique de la nuit précédente n’était pas un rêve. La fée m’avait bel et bien offert ce don. Il en fut ainsi toute la journée, avec mes clients comme avec mes confrères. Je les entendais clairement me dire une chose et, en second plan, penser son contraire.

Vint le soir… Alors que je me trouvais dans une réunion professionnelle, je compris que j’aurais dû réfléchir à deux fois avant de prononcer ce vœu. Un élu vint me vanter tout le bonheur de servir notre belle et noble profession… mais j’entendis en parallèle une voix qui disait : « En fait, ce qui me plaît, c’est profiter des cocktails et voir ma photo dans les revues professionnelles ! ». C’est alors que je compris, dépité, que finalement, il valait mieux vivre dans l’illusion que dans la vérité… car cette vérité-là est trop cruelle.

La nuit suivante, j’appelai sans cesse la fée afin qu’elle revînt me voir. Lorsqu’elle m’apparut enfin, je lui fis part de mon souhait de redevenir comme avant. Je ne voulais plus lire dans les pensées de mes interlocuteurs ! Elle me répondit qu’une telle demande constituait un second vœu et que je n’avais droit qu’à un seul.

Et je me suis réveillé…