Les lecteurs qui connaissent Aristote voudront bien intervenir auprès de lui afin qu’il me pardonne d’avoir donné un titre qui rappelle irrespectueusement son œuvre centrale1. Mais le courroux m’étreint tellement à subir au jour le jour les outrages de nos fournisseurs que j’en perds le sens de la mesure propre à l’homme réfléchi. 

Il n’est pas une journée sans qu’il me soit démontré par les faits que le notaire est le parfait pigeon. Débordé de travail, emmuré dans son office, le notaire n’a pas le temps nécessaire pour analyser les offres, ni même comprendre l’enjeu technique ou tout simplement le résultat organisationnel des nouveaux produits pour lesquels on ne cesse de lui “conseiller” d’investir. Isolé dans son ignorance des enjeux et des moyens, il s’en remet à la vox notarii qui est supérieurement incarnée par le dernier qui a parlé. Empêtré dans les contrats de fourniture déjà signés, qui ne sont jamais authentiques, et donc toujours introuvables, jamais lus, souvent incohérents, parfois illégaux, il est sans défense car n’a pas envie de subir le sourire narquois de l’avocat de service qui va l’assommer de toute façon d’un provisionnement égal à l’incertitude de la procédure. Bref, vous l’aurez compris, débordéééé, isoléééé, empêtrééé, le notaire est la reine des proies2.

Fournisseuses, Fournisseurs… !
L’heure est grave. Grave pour nous, notaires, si on continue comme ça, mais aussi grave pour vous, mesdames et messieurs les bonimenteurs/menteuses3,  qui ne vivez qu’aux dépens de ceux qui vous écoutent. Mais à force de nous plumer, vous allez vous retrouver privés de votre fromage comme du dessert. Combien de notaires sont encore abonnés au Jurisclasseur qui n’a pas su voir à temps que la collection complète au même tarif pour tous c’était d’un autre temps ? Quoique cependant, l’égalité dans la facturation ne précipite pas tous les notaires dans le gouffre à la même vitesse. Que représente 4.000 € d’abonnement annuel pour un notaire qui a un produit à l’acte de
4.000 €  ? Eh bien, un acte… Et que représente le même abonnement pour un autre notaire dont le produit à l’acte est de
1.000 € ? Eh bien 4 fois plus… Mais vous me direz, dans le monde financier de l’entreprise capitaliste, c’est le même phénomène. Ah bon ? Mais, camarade : dans le monde financier du capitaliste, l’entreprise n’est pas tenue d’une obligation d’instrumenter, ni tenue par un tarif dont elle ne peut s’affranchir même quand il conduit à travailler à perte !!!

 

“Débordé de travail, emmuré  dans son office, le notaire  n’a pas le temps nécessaire pour analyser les offres…”

 

Le jaune est à la mode…
Parce que le notaire est un officier public, tenu par des obligations de service public, la fourniture de service NE PEUT PAS être vendue comme celle destinée à n’importe quelle entreprise à la Ghosn ! Et il ne faudrait pas que, se frottant les mains un peu trop vite, notre Carlos de l’ADSN – version concurrence – se prenne pour l’empereur du soleil levant. Comme tous les autres fournisseurs du notariat, l’ADSN-concurrence se devra de respecter une éthique : un mode de facturation adapté aux ressources bloquées du notaire, une information technique comparative digne de foi et validée par un indépendant, un cahier des charges normalisé labélisé par le CSN, bref une offre qui soit en phase avec les contraintes institutionnelles du notariat-client. Rêve ? Utopie ? Chimère ? Attention, les faits le prouvent : à Pouvoir qui n’entend pas, répond le gilet jaune… ou la cravate, ça fait plus notaire !

Alors !?
Fournisseuses, fournisseurs, êtes-vous prêts à nous embarquer pour Zeus ou pour Hadès ? N’ayez pas peur de l’éthique : LexisNexis commence à diversifier son offre selon le profil économique de l’office ; la cotisation pour adhérer à NCI4  est fonction du produit à l’acte. Alors à l’ADSN et aux autres de s’inspirer de ce mouvement d’avenir. Et vite, car il ne faudrait pas qu’à rester trop longtemps en eaux troubles, on finisse par errer, comme Ulysse, à la merci de Poséïdon5, ce serait la galère pour tous.

 

 

1. Éthique à Nicomaque.
2. Oui, car la Reine des Neiges, ce n’est pas le notaire, c’est Elsa.
3. Frère lecteur, tu pardonneras cette incartade de langage inclusif qui souligne ce que je pense des fournisseurs.
4. Notaires Conseils en Immobiliers, sous la présidence de Vincent Chauveau, notaire à Nantes.
5. Dieu des mers et frère de Zeus et d’Hadès.



 

 

 

     

Étienne Dubuisson
Notaire à Brantôme (24)