La Saint-Valentin, c’est la fête des amoureux. Mais, si on la transpose au notariat, amour rime-t-il avec toujours ?

"Amour" sur ardoise avec lettres de l'alphabet en vrac

Peut-on encore aimer le notariat aujourd’hui ? OUI : 87 %

Quand on leur dit “notariat“, dans la grosse majorité, les notaires interrogés ont le cœur qui fait “boum boum“. Car oui, oui et oui, le notariat demeure, en 2016, une profession “aimable” (c’est-à-dire “digne d’être aimée“). Si “la forme évolue, le fond demeure(François Fenies, 15). “C’est une institution merveilleuse, c’est notre famille !” écrit Laurence Diot-Dudreuilh (24). Chacun le dit avec ses mots et sa sensibilité. Le notariat est généralement défini comme “noble et plein d’humanité(Philippe Cherrier, 67). C’est aussi “l’antidote à l’ubérisation, à la robotisation et à la déshumanisation (Jean-Louis Ropion, 83). Pour beaucoup, c’est une “profession qui permet de transmettre des valeurs (Francis Devictor, 13). D’ailleurs, selon Philippe Rouhette (76), le notaire “est, pour beaucoup de citoyens, un des seuls interlocuteurs crédibles“. Avis partagé par son confrère du 54 : “Nous participons au rempart de la démocratie. Le jour où il n’y aura plus de notariat, la disparition de l’équité de notre système judiciaire sera peut-être la seconde étape, la troisième sera celle de la dictature du plus fort et du plus riche.” Célia Magnan (84) enfonce le clou : “nous sommes une des rares professions de proximité où il ne faut pas faire un 08 et taper 1 pour avoir une étude, ni attendre 6 mois pour avoir un rendez-vous !“.

13 %

Désabusés, déçus, fatigués, révoltés ? 13 % des notaires interrogés estiment qu’on ne peut plus, aujourd’hui, aimer le notariat. “Nos gouvernants, tant au niveau de l’état qu’au niveau de nos instances professionnelles, ne savent plus qui nous sommes, explique Philippe Gosse (41). Nous étions dans nos campagnes le trait d’union entre le droit et nos clients et nous étions respectés pour cela. Nous devenons les valets de nos gouvernants pour faire appliquer des lois que nos concitoyens ne comprennent plus“. De son côté, Amandine Hamelin (37) nous fait part de sa crainte de voir “les Padawans* basculer, eux aussi, du côté obscur de la force“. “Ce métier m’a permis de plonger dans l’âme humaine, sa complexité, sa dualité. Je suis le spectateur privilégié d’une société en recherche d’âme collective, mais qui s’enlise dans la facilité de l’ego“.

Quel titre de film choisiriez-vous pour qualifier votre relation avec le notariat ?

Sur les 4 titres de film proposés, c’est “Love Story” qui tire son épingle du jeu. “Titanic” arrive en 2e position (12 %), “La débandade” ( 11 % ) monte sur la 3e marche du podium et “Viens chez moi, j’habite chez une copine” fait un petit 7 %.  Mais, dans 42 % des cas, notre panel a mis en avant ses propres références cinématographiques, rivalisant souvent d’imagination. Voici quelques titres de films soufflés par notre panel :

  • L’empire des sens(Christiane Schoepff, 06),
  • La vie devant soi(M.-C Bataille-Sage, 59),
  • Le goût des autres(J-L. Ropion),
  • Vol au-dessus d’un nid de coucou (cocus)” (Aurélien Monroche, 79),
  • Et la tendresse, b…” (J-J. Le Bouvier, 17),
  • Nous nous sommes tant aimés” (Philippe Rouhette),
  • Le bon, la brute et le truand” (Nicolas Daudruy, 62),
  • La Tour (Maubourg) infernale” (Philippe Cherrier),
  • La guerre des étoiles (filantes)” (Charles Plo, 18),
  • A la poursuite d’octobre rouge” (Alexandra Marengo, 17) “Papy fait de la résistance” (un notaire du 33).

Sachant que vous vous retrouvez, aujourd’hui, à traquer davantage le vice que la vertu, êtes-vous encore “amoureux” de votre profession ? OUI : 74 %

Notre panel, dans sa majorité, confirme ici sa réponse à la question 1. 74 % sont (encore) “amoureux” de leur profession. “Malgré la routine de notre couple, je ne trouve pas mieux” explique un notaire du 84. Après plus de 30 ans de vie commune, Christiane Schoepff aime son métier comme au premier jour : “Cela ne se commande pas… Il y a eu un coup de foudre, les conjoints sont passés, les enfants ont grandi et ont quitté la maison, des clients sont décédés, d’autres sont arrivés à l’étude. Il y a eu des doutes, des grognements, mais l’amour est bien là et il perdure dans le temps !“. Nathalie Loock (59) est également sous le charme : “aucun dossier et aucune journée ne se ressemble”. Pour Célia Magnan comme pour Aurélien Monroche, c’est “l’amour vache” (sic), mais l’amour quand même ! “J’ai des convictions, je continue à y croire pour le bien-être des clients” nous dit la première. Pour le second, “le regard d’un papy qui vient d’enterrer sa mamie et qui vous fait confiance, la réalisation d’un projet mal parti et que vous avez redressé, tout cela n’a pas de prix“.

Mars… et Vénus

Bien que minoritaires, ils sont tout de même 36 % à ne plus avoir le cœur qui bat la chamade pour le notariat.Amoureux !? Après 33 ans de vie commune… il ne faut pas demander l’impossible” nous confie un notaire du 34 dont la réaction est aux antipodes de celle de Christiane Schoepff (cf. ci-dessus). Les hommes viendraient-ils réellement de Mars et les femmes de Vénus ? D’autres, comme ce notaire du 91, justifient leur “désamour” par le fait que le métier a changé. “J’ai souvent l’impression de ne plus être un juriste, mais simplement d’être un employé de sous-préfecture obligé de collecter des paperasses sans intérêt“. Charles Plo confirme : “La recherche intellectuelle est supplantée par de basses missions matérielles (informatisation et dématérialisation à tous crins, annihilation de toute réflexion, obéissance, nivellement, etc.)“.

Qu’est-ce qui rend la profession unique à vos yeux
 ?

A cette question ouverte, une multitude de réponses qui, finalement, se déclinent en quelques mots : le tarif (“qui fait payer les plus aisés“, Thibault Cusenier, 25), l’humain (“toujours l’humain !“, Maryse Lallemand, 23), “la relation d’amour (ou presque) avec le client” (Agnès Gouny-Fontfreyde, 63), “le sérieux de la formation et l’organisation notariale” (Christophe Vielpeau, 77), “la cohésion, la cohérence et la modernité de la profession” (J-L. Ropion), le maillage territorial (Charles Plo)… Tout cela contribue à rendre la profession unique. “Chez nous, le client est autre chose qu’un numéro dans une file d’attente” lit-on un peu partout ! Au fond, comme le résume avec humour un notaire montpelliérain, “le notaire a le privilège rare d’exercer 3 métiers en 1 :
 il est à la fois juriste-spécialiste (c’est le côté intello du notaire), psy-prêtre-coach du client (c’est le côté humain) et chef d’entreprise, d’orchestre, d’équipe. Chef quoi. Sympa, parfois enthousiasmant, souvent pé-ni-ble !“. Pour Christian Godard (77), la profession n’est pas unique. Son confrère de Saône-et-Loire partage ce sentiment : “Je suis de ceux qui pensent que le notariat devient de moins en moins unique. Il a des côtés tendres (amoureux), mais de plus en plus de côtés rébarbatifs (tracfin…). Tous ceux qui ont décidé de “l’embrasser” à 18 ans restent fidèles à un idéal qui s’effiloche d’année en année“.

Bye bye Notariat !

55 % des notaires interrogés seraient prêts à quitter le notariat pour une autre profession. Dans la liste des professions envisagées, on trouve des :

  • mandataires judiciaires,
  • experts comptables,
  • conseillers en GP,
  • experts immobiliers,
  • détectives (“pour mettre en œuvre les talents d’investigation développés pour parer aux actions en responsabilité“)
  • “éleveurs de dahus” (“car il semblerait qu’ils soient durs à traire !”)
  • “barmaids-consultants-décorateurs”
(“les notaires savent être très polyvalents.“) !

Valérie Ayala