Lettre ouverte aux futurs notaires sur l’art d’être son propre successeur et réflexions sur l’être et le paraître, le père, le fils et la Sainte famille…

Je ne sais comment je dois le prendre, c’est pourquoi j’éprouve le besoin de vous faire partager cette anecdote étrange, résultat d’une conjonction entre les réalités et les légendes. Il y a quelques années à peine, on me disait encore que j’étais trop jeune et qu’il fallait que j’aie plus d’expérience pour comprendre. Mon grand plaisir d’alors était de demander à l’interlocuteur depuis combien de temps il était titulaire, avant de tourner les talons en lui disant que j’étais installé depuis plus longtemps que lui ! Et puis un jour, je suis passé aux yeux des frères de « jeune con » à « vieux con », sans sommation, sans transition par l’état de « con d’âge moyen ». Mais cette fois, c’est pire ! Jugez-en !

L’âge du notaire en question

AUTO_SUCCESSEURPrésent à l’Étude, seul, un samedi (16 mai), j’assumais le rôle de réceptionniste en attendant mon rendez-vous suivant… lorsqu’une personne se présenta.

– Euh, vous êtes Me Mathy ?!, me demanda-t-il après une nanoseconde d’hésitation. Vous avez succédé à votre père depuis combien de temps ?

– Comment ça, depuis combien de temps ? dis-je, pris soudain d’un vertige.

– Eh bien depuis le temps que j’entends mes parents parler d’un « Mathy notaire à Sagy », c’était bien votre père, non ? »

Eh bien voyez-vous, sur l’instant j’ai pris ça pour un compliment : je faisais donc assez jeune pour passer pour mon fils ! Et puis, je suis passé devant un miroir… Et j’ai rapidement compris que, dans l’esprit de mon client, un notaire ce n’est pas « jeune » !!!!  C’est du reste une réalité qui ne m’avait pas échappé, puisque, voici 26 ans (eh oui, il n’a pas tort, je pourrais avoir l’âge de la retraite si je n’avais commencé trop tôt), on me demandait ma « carte de notaire » estimant qu’il n’était pas possible que je sois « le notaire ».

Tout est dans l’image !

Wannabees (1) , la démonstration est faite, une fois de plus, de la peine que vous auriez à créer votre Étude immédiatement après diplôme. La difficulté la plus grande n’est pas technique, elle est dans l’image que vous dégagerez. Et si vous créez votre Étude, vous devrez non seulement subir la vindicte de votre voisinage, mais aussi la méfiance des « clients »,  et vous devrez aussi vous en méfier, à commencer par ceux qui vous aborderont par un « heureusement que des jeunes gens compétents et dynamiques tels que vous s’installent ; les notaires, dans le coin, ils sont tous nuls ! » ! Il est difficile de résister à la tentation lorsqu’on a « repris » une clientèle mais c’est probablement encore plus dur de ne pas succomber aux mirages lorsqu’on doit s’en créer une. Si nous sommes une profession réglementée, et si vous ne pouvez pas vous installer librement, ce n’est pas nécessairement parce que les notaires en place sont de « méchants profiteurs », c’est aussi parce qu’ils :

  • ont été jeunes,
  • ont cru aussi que le monde les attendait,
  • ont du parfois patienter…

« Je suis une dynastie, à moi tout seul… »

Malthusianisme peut-être, prudence et recul dans l’intérêt général sûrement. Et vous voulez tout savoir ? Si je pouvais repartir en arrière, et tout recommencer, je le ferais, mais je ne serais certainement plus aussi pressé ! Je vous souhaite de n’avoir jamais à le regretter plus que ça… Quant à moi, je vais dorénavant jouer dignement mon « rôle de fils », pour ne pas décevoir le père que je suis aussi, en poursuivant si possible une carrière sans histoire dans une profession sans avenir 🙂 Je pense être un cas unique, et vais -moi aussi- reprendre l’air d’une vieille chanson de Renaud pour chanter à Monsieur MACRON : « Je suis une dynastie, à moi tout seul/Je suis une dynastie, j’me fends la gueule/I am a dynasty I feel alone /I am a dynasty, I’ll break your gueule ». Enfin, pour la dernière phrase, je ne suis pas sûr… C’est uniquement par respect de l’œuvre originale et je ne me la fends pas tant que ça en ce moment, donc…

Exif_JPEG_PICTUREDidier Mathy

1. Un Wannabe est une personne qui imite ou émule une autre. Provient de l’expression « Wanna Be ». Plus précisément, un «Wannabe» est quelqu’un qui « veut être » quelque chose…