Il paraît que nos amis les banquiers n’ont rien compris ou – à tout le moins – n’ont pas retenu les leçons du passé.
 C’est tout de même curieux. A croire que seuls les enfants ont du bon sens : lorsqu’ils se prennent une claque parce qu’ils ont fait une bêtise, ils ne recommencent plus (quoique). Et bien les banquiers, eux, recommencent les mêmes âneries.
 Qu’est-ce qui les rend à nouveau si sûrs d’eux, selon vous ?

Serait-ce la reprise prochaine ou la croissance que l’on invoque comme jadis on invoquait la pluie qui rend les banquiers si confiants ? Mais non, vous n’y êtes pas car les banquiers aiment l’argent (ce n’est pas un scoop vous me direz), et de l’argent, il en pleut comme par invocation.
Il y a en effet, depuis 2008, un déversement obscène de liquidités sur l’économie mondiale. Ce déversement de plusieurs centaines de milliards de dollars et d’euros fut préconisé par certains économistes afin d’éviter un effondrement financier et de soutenir l’économie à destination des ménages et des entreprises par le biais du crédit. Sauf que cette manne a été détournée par nos “très chers amis” pour être injectée dans les marchés financiers, beaucoup plus rentables à court, voire à très court terme. C’est un principe vieux comme le monde économique selon lequel faire marcher la planche à billets ne crée pas forcément la richesse ! Mais il est plus tentant de céder au chant des sirènes et à l‘argent facile plutôt que d’attendre le fruit de son investissement dans l’économie réelle !

Le mirage de la croissance

N’en déplaise à notre président de la République, la croissance n’est toujours pas au rendez-vous. Elle ressemble davantage pour le moment à un mirage qui sera tôt fait d’être dissipé dès que ses ressorts auront été décryptés.
 Par exemple, trouvez-vous normal qu’on prête à la France à des taux négatifs ? Est-il normal que les taux d’intérêt soient si bas et faut-il s’en réjouir ?
Si l’argent coule à flot et que le crédit est si peu cher, pourquoi les acteurs de l’économie réelle éprouvent-ils autant de difficultés à s’en sortir, à conquérir de nouvelles parts de marché et à maintenir l’emploi ? Les marchés n’ont pas de mémoire et fonctionnent tel un canard sans tête.
Exit la crise boursière de 1987, la crise monétaire de 1993, l’éclatement de la bulle Internet en 2001, et enfin celle des “subprimes” et de la titrisation en 2007-2008, au cours de laquelle la planète financière avait failli exploser.

Histoire de syllogisme

L’optimisme boursier est à nouveau de rigueur malgré les signes d’essoufflement de l’économie réelle et de ralentissement de l’économie mondiale.
La faute en revient au trop plein de liquidités qui a, en outre, eu pour conséquence de faire chuter les taux d’intérêt, voire de les rendre négatifs.
Si l’on osait ce syllogisme selon lequel “ce qui ne coûte rien n’a pas de valeur, l’argent ne coûte rien, alors l’argent n’a pas de valeur”, l’on pourrait douter de son efficacité intellectuelle. Et l’on sait tous que le syllogisme s’apparente le plus souvent à un confortable raccourci de la pensée.
Or, il est des fois où cette construction intellectuelle se trouve renforcée par les faits. En effet, comment les investisseurs dont le but est de trouver du rendement peuvent-ils se satisfaire de taux d’intérêt négatifs ? Ils ne le peuvent tout simplement pas. Ils se détournent, par conséquent, de l’économie réelle au profit de montages juridico-financiers plus ou moins douteux dont de nouvelles titrisations encore plus sophistiquées que celles qui ont conduit à la crise de 2007/2008.

Le notariat a loupé le coche

“Remettre la finance à sa place”, ou bien encore “mon ennemi c’est la finance, avait déclaré notre ami François à qui voulait bien l’entendre… La situation actuelle est pire que celle qui préexistait à l’élection présidentielle de 2012 !
 Comment expliquer que le marché des dérivés s’élève désormais à près de 700 000 milliards de dollars, soit l’équivalent de dix fois le PIB mondial ? Ce qui revient à dire que l’économie virtuelle est 10 fois plus importante que l’économie réelle !
Dont le fameux “shadow banking”, cette finance de l’ombre qui échappe à la régulation ou de nouveau les “subprimes” avec le retour des activités de “repackaging” et de titrisation des dettes où l’on apprend que 40 % des crédits à la consommation distribués sur le marché américain le sont à destination de ménages insolvables… Ça ne vous rappelle rien ? François Hollande a loupé le coche en ne s’occupant pas de la finance comme il avait promis de le faire. Le notariat français a aussi loupé le coche car, lui qui est le chantre de l’authenticité et le garant de la sécurité juridique des acteurs de l’économie réelle, avait incontestablement une carte à jouer dès 2008. Il n’a pas saisi cette chance et s’est contenté de sauver les meubles face aux assauts du président de l’époque, pensant que cette victoire à la Pyrrhus allait suffire pour assurer sa pérennité.

Tel un rempart…

Une communication soignée, non sur l’authenticité comme une fin en soi, mais davantage sur l’action notariale et sur le cœur de métier de plus de neuf mille femmes et hommes, aurait eu le mérite de retenir durablement l’attention de nos concitoyens sur l’utilité de notre profession dans un monde en proie au doute face aux illusions dont certains veulent le bercer pour davantage de profit et de rentabilité faciles !

Une nouvelle crise systémique est vraisemblablement inéluctable quand vous savez qu’un même titre financier peut être revendiqué actuellement en moyenne par deux acteurs et demi, ce qui est conceptuellement impossible à imaginer pour les tenants de l’économie réelle dont fait partie le notariat français.
Celui-ci n’est certes pas le seul rempart, mais il contribue à la lutte contre les dérives de la finance. Peut-être, est-ce pour cela qu’on souhaite sa perte !

IMG_6518   A toute chose, malheur est bon… A n’en point douter, la prochaine crise redorera le blason de notre profession !

  Arnaud Hote, notaire à Bapaume

 correspondant Notariat 2000 Pas-de-Calais