Il y a eu “le notaire c’est l’acte authentique”, avec le succès que l’on sait. Ce slogan ridicule a rendu nos concurrents avocats fébriles, au point d’obtenir la création de “leur” acte, pour plus nous ressembler, pour mieux s’assimiler. Il y a eu “le notariat jette l’encre dans le numérique”, flattant les bas instincts des professionnels comme des utilisateurs pour imposer l’image d’une “modernitude” apte à nous permettre de “faire figure d’interlocuteur valable auprès de la chancellerie et des notariats étrangers”, avec le résultat que l’on connait. Nous sommes maintenant sous la tutelle dominante du ministère des finances et de ses émanations…

Mais les leçons ne portent toujours pas, et voici que nos instances, lucides et clairvoyantes et qui ont si bien su protéger les plus faibles d’entre nous nous imposent d’en faire encore plus… Le numérique, nouvel eldorado notarial dans lequel nous devons nous diluer… Et qui ne manquera pas de nous dissoudre… Car enfin, sommes nous obligés de singer tous les tics de ceux qui se prétendent nos égaux et de faire absolument tout ce que la sous-culture dominante nous impose ? L’acte authentique notarié, ce n’est pas un simple contrat, nous ne sommes pas cet acte, et encore moins les outils pseudo-modernes qu’on utilise maintenant !

Perdre son âme

Le notaire a perdu son âme lorsqu’il a commencé à déléguer la rédaction de son acte (autrefois, ne l’oublions pas il était rédacteur et “tenait la plume” au sens propre) puis sa réception (les clercs n’étaient, dans un passé lointain que des “photocopieuses” tellement passionnées par leur travail qu’on les attachait parfois au pupitre pour qu’elles copient méticuleusement pendant le temps convenu). Il perd aujourd’hui son existence en résumant son intervention à une lecture rapide suivie d’un code pin nerveux… Et bien sûr, on se rengorge ! Qu’est-ce qu’on est moderne ! Quand même, on signe des actes authentiques électroniques alors qu’il y a quelques années à peine, on ne savait pas même envoyer des mails, et encore moins ouvrir les pièces jointes… Et puis discrètement, le transfert de compétences se fait, et on abandonne toute l’activité à des outils numériques (Oscour, Notabîme, MiGRen…Enfin des noms de ce genre là…). Certes, ils nous facilitent la vie, mais comme elle se complique de façon exponentielle, chaque nouvel outil apporte d’abord une nouvelle charge de stress, et lorsqu’il est enfin maîtrisé, d’autres obligations ont surgi qui consomment plus que le temps gagné…

La REALité dans les études

Dans certaines Études, dont j’ai la joie de faire partie, la connexion au réseau REAL, quoique copieusement facturée, reste anémique… Si j’ai le malheur d’oublier de retirer le proxy après avoir effectué une tâche pour laquelle il est nécessaire, je retrouve les délices des modems à 2400 Bps de mon début de carrière. A l’époque, ce n’était pas choquant, nous étions habitués à attendre nos rossinantes à 4,77 mhz, mais depuis que nous empilons les GHz sur systèmes core multiples, le contraste est difficile à accepter. Et voilà que, sous prétexte de visioconférence (rappelez-vous quand même que c’était déjà l’argument central de REAL 2) nous sommes requis de changer de version, et de passer à REAL 3…

Pourquoi “3” ?

Évident voyons : trois fois plus cher ! Est-ce mieux ? Certains, nombreux, mais sans doute de mauvaises langues, prétendent que ce n’est pas différent de REAL 2… A-t-on le choix ? NON ! Quand bien même vous êtes victime de l’écrêtement (en langage d’instance on dit “pas même fichu de s’adapter et de se diversifier”, mais chut ! C’est confidentiel…), vous devez souscrire… Recommandées, menaces téléphoniques, mails comminatoires…Une saine et franche ambiance de confraternité. Certains, dont je suis, ont décidé de ne plus suivre, de ne plus donner un fifrelin injustifié à ce gouffre sans fond qu’on nomme ADSN. Ce n’est pas très unitaire, je vous le concède, mais finalement êtes-vous si sûrs que cette Association pour le Développement du Service Notarial dont on ne peut obtenir ni les comptes complets et détaillés, ni l’organigramme, à laquelle il est impossible d’adhérer et dont tout ancien Président du CSN est membre vous veut du bien ? Alors que je me plaignais (déjà, je sais) de la lenteur de ma connexion et de l’obligation que nous avions de passer par REAL, en 2008, j’avais obtenu deux réponses charmantes… La première venant d’un dirigeant actuel était un peu désagréable : “la profession l’a décidé, quand comprendrez-vous que vous n’avez qu’à obtempérer et fermer votre g….” mon sang d’Officier Public de Plein Exercice n’a fait qu’un tour, et ma réponse a été ferme et sans appel…Vous êtes au service des notaires, les notaires ne sont pas “la profession” par hasard ?”. Mais un ancien dirigeant qui entendait nos échanges avait jugé utile d’ajouter “Les notaires disparaitront, le notariat survivra, l’ADSN EST* le notariat”…

Terminotaire…

Je sais que la majorité d’entre vous ne me croit pas, et j’en ai pris mon parti, mais cette phrase résonne comme un avertissement… L’auteur de la phrase a “sauté”, mais l’avertissement demeure… REAL c’est notre “Skynot”, nos créatures nous échappent peu à peu, et il ne faudra pas longtemps, j’en ai peur, pour que des “Terminotaires” frappent à nos portes… Vous avez cédé cette fois encore et presque tous vous êtes maintenant connectés au beau réseau plein d’avenir (qui passe, sauf erreur, mais qui s’en offusque, par British Telecom !) dans sa troisième version. Pour ma part, si j’en crois les courriers reçus, je ne suis plus Officier Public…C’est ballot, mais il faut de l’inconscience parfois pour obtenir des avancées. “Science sans conscience n’est que ruine de l’âme” comme disait l’ami Rabelais, ne peut-on le traduire par “Technique sans anticipation est un piège à c…” ?

Didier Mathy, notaire à Sagy (71)

* la formule exacte employée était, modestement, “JE SUIS” mais ce n’est qu’un détail invérifiable de l’histoire du notariat…Fragilité du témoignage humain oblige !