Une enquête menée auprès des notaires met en lumière un moral en berne. 65 % sont pessimistes sur l’avenir de leur métier. En pleine mutation, le notariat, avec l’ouverture à la concurrence suite à la loi Macron et l’émergence des nouvelles technologies, fait face à de nouveaux défis. Vous avez été plus de 250 à répondre sur le regard que vous portez sur la profession. Les résultats… 

 

1. Être notaire, c’est un métier passionnant et exigeant. Après des études longues, parfois fastidieuses, pourquoi devient-on notaire ?
En 2019, on est encore notaire par amour du droit, du conseil et pour assister des personnes à des moments clés de leur vie. Ce qui plaît, c’est la diversité des tâches, ce sentiment d’indépendance, de liberté mais aussi de proximité. “Un premier emploi dans la profession m’a fait découvrir le métier de notaire, qui m’est apparu comme le mélange passionnant d’une application experte du droit, avec des relations humaines variées, en vue d’harmoniser les rapports entre nos concitoyens” nous explique Me Patrick Ivaldi des Alpes-Maritimes. Pierre Gautier (Vaucluse) nous confie : “c’est un métier vivant où l’on est fier d’aider les gens.” Un confrère de l’Isère spécifie : “Comme dit l’adage inscrit dans ma salle d’attente « Mieux vaut des actes que des paroles. »” Beaucoup ont aussi choisi ce métier par passion. Me Fagnon dans la Haute-Saône  nous confie : “C’est un rêve d’enfant”. Si la passion donne des ailes, on peut parfois se brûler. Car le rêve pour certains peut se transformer en désillusion. Et puis on devient aussi souvent notaire par hasard (qui fait bien les choses ?) et par tradition familiale (papa était notaire).

 

2. Les notaires sont-ils heureux ?
Les avis sont partagés 

64 % sont heureux. La plupart évoquent un métier riche humainement. Mais 36 % des notaires sont déçus. Ils déplorent une dégradation des conditions d’exercice. Me Didry en Seine-et-Marne se demande d’ailleurs de plus en plus pourquoi elle est devenue notaire. Et plus d’un tiers des notaires ne choisiraient plus ce métier actuellement. Alors qu’est-ce qui cloche ? Pourquoi ce revirement ? Beaucoup déplorent que le métier ait profondément changé et qu’il existe trop de lourdeurs administratives. Certains évoquent l’arrivée du numérique qui a modifié et appauvri les relations humaines. D’autres la loi croissance qui a étoffé la profession et qui perturbe son unité.

Côté rémunération, 43 % estiment que leurs  revenus ne sont pas en adéquation avec leur métier (temps consacré, énergie déployée…). À noter que dans un rapport de 2014, l’Inspection générale des Finances estimait à 16 000 euros net par mois les gains moyens des notaires. Autre fait aggravant, 50 % des notaires n’arrivent pas à concilier vie professionnelle et personnelle. Le travail s’invite souvent à la maison, les nouvelles technologies accentuant ce phénomène. Souvent, les notaires, passionnés par leur métier, ont du mal à prendre du recul.

 

3. La Cote de popularité des instances

Les Chambres : plutôt positive

61 % des notaires ont confiance dans les Chambres
Les notaires sondés évoquent le travail fourni, l’implication des collaborateurs, la bonne représentativité de la profession. Cependant, 49 % ne sont pas convaincus par son utilité et estiment qu’elle n’a pas vraiment de poids. Beaucoup évoquent le copinage et le regrettent. Un confrère dans le 29 nous confie que la Chambre n’est “pas adaptée à la réalité économique. On libéralise d’un côté et on s’accroche de l’autre à certaines règles désuètes…”. Me Didry renchérit “parce que les instances sont dans un autre monde et nous coûtent trop cher.”

Le CSN n’a pas la cote

51 % ne font pas confiance au CSN.
Une grande majorité évoque la déconnexion totale du CSN. “Il ne défend pas le petit notaire de province” se plaint Me Raebisch du Doubs. Me Giraud-Viallet de l’Isère confirme que le CSN est “totalement hors de portée, un autre monde que celui du notaire de base que je suis…”. Me Laporte de Corrèze surenchérit : “il méprise profondément le notariat rural”. Pas facile d’œuvrer au quotidien alors que la profession est chahutée. Les sondés déplorent le manque de communication et ont le sentiment que le CSN ne défend pas leurs intérêts. Un confrère des Bouches-du-Rhône déplore “aucune défense des atteintes portées à la profession n’est mise en œuvre”. Enfin, il y a ceux qui se plaignent “des charges” comme Me Gonon dans le Morbihan. Ou encore ce confrère d’Ariège en colère “On a vraiment le sentiment que la Province est juste bonne pour payer les cotisations et c’est tout. L’impression que Le CSN vit dans son cocon et qu’il se fiche éperdument des petites études rurales qu’il n’a jamais défendues. Il a toujours prôné le maillage territorial mais ne fait rien pour le conserver. Tout est fait pour les nouveaux notaires qui ont des formations spécifiques, des avantages non négligeables… Le CSN reste hermétique à la Province et ne jure que par Paris…. Les politiques sont en train de tuer à petit feu les petites études rurales et avec elles le maillage territorial avec l’aval du CSN et c’est vraiment désolant..”

Dans ce contexte compliqué, 49 % restent fidèles au CSN. Plusieurs évoquent le travail sérieux et au service de la profession. Certains sont persuadés qu’il agit au mieux. Un notaire du Var insiste : “Ils font ce qu’ils peuvent malgré les gouvernements”. Un autre,  docile, rétorque : “J’obéis à mes instances”. Me Saleur en Savoie est convaincu :
“Sans elles (les instances), la profession aurait disparu depuis longtemps”.

 

 

Abracadabra !  Si vous aviez les pleins pouvoirs, vous feriez quoi ?

La majorité d’entre vous souhaiterait plus de démocratie. Parce que “les décisions prises en AG de Chambre ne servent à rien au niveau national”. “La solution serait peut-être de réorganiser les chambres, le conseil régional, le CSN avec plus de démocratie dans le fonctionnement de nos instances” nous dit Me Stephan du Finistère. Pour Me Salvetat dans le Maine-et-Loire 

“Le CSN doit être plus représentatif, plus transparent”. Autre point qui revient fréquemment, le manque de confraternité dans la profession. La mentalité  des notaires a changé. Il faudrait revenir au rôle premier du notaire, à son essence et rester fidèle à ses valeurs. Redonner à cette profession ce qui en fait la base : l’authenticité des relations, la confraternité, le respect des valeurs et le partage. Et non ce sur quoi elle est basée aujourd’hui : la concurrence, la compétition, l’argent. 

Revenir à des valeurs plus humaines, à l’identité du notariat : voilà de jolis mots. Plus facile à prononcer qu’à mettre en œuvre alors que la profession est chahutée. Beaucoup d’entre vous ne veulent pas de cette concurrence qui arrive et aimeraient stopper la loi Croissance.

 

55 % s’attendent à ce que demain le notaire ne soit plus incontournable.

65 % sont pessimistes sur l’avenir du métier.
Le cahier de doléances en dit long. Ce qui effraie, c’est la fin du monopole, l’irrespect croissant de la déontologie, la concurrence,  la lourdeur administrative… De leur côté, les optimistes (35 %) anticipent la chute du monopole ou la fin du tarif réglementé. Pourquoi se faire du souci à l’avance ? À titre d’exemple, les notaires au Portugal ne bénéficient plus de monopole. Après quelques années difficiles, les clients sont revenus vers eux et ils signent aujourd’hui près de 80 % des ventes…

Quel rôle aura le notaire demain ?
Les optimistes penchent toujours pour un garant de l’authenticité, le gardien de la paix familiale et contractuelle. Les pessimistes pensent qu’il sera juste un collecteur de données, un simple enregistreur, pire, que le métier est voué à disparaître.

Le rêve, ce serait quoi finalement ?
Un grand nombre, hélas, ne rêve plus et pense qu’il est trop tard… Beaucoup sont nostalgiques. Ils souhaitent  revenir au notariat d’il y a 30 ans. Me Delorme du Rhône aimerait “l’esprit d’autrefois avec les outils d’aujourd’hui.” Et puis, finalement, les notaires rêvent à des choses simples comme le maintien du statut, du monopole, de la rémunération actuelle, le respect d’une déontologie et d’une profession unie. Simples oui, mais vont-elles se réaliser ?…