E. Dubuisson

Il n’aura échappé à personne cette coïncidence rare dans l’astrologie notariale : le président d’une instance remarquable de notre magnifique métier et la non moins remarquable garde de nos magnifiques Sceaux ont le même prénom ! Christian (1) et Christiane… Cela appelle quelques commentaires hagiographiques.

Première surprise tirée de l’histoire des saints : le prénom Christiane n’est nullement le féminin de Christian ! Les Christiane ont un saint patron distinct et autonome, parfaitement indépendant de leur homonyme masculin. Mais ce n’est pas l’unique surprise en la matière, ni le seul enseignement qu’on en puisse tirer. Dans l’histoire des saintes et saints, Christiane précède Christian ! Christiane vécut au IVe siècle, Christian au XIe. Voilà qui justifie d’amorcer nos petits commentaires avec Sainte Christiane, préséance féminine très à propos si l’on veut compenser l’habitude inverse pratiquée par nos instances…

Sainte Christiane ou le sauveur des rois

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Que fit Sainte Christiane ? Comme son nom l’indique, elle convertit son monde au christianisme. La famille princière de son époque était fort malade, les choses auguraient mal et le peuple entier désespérait. Aucun remède connu n’apportait soulagement. Mais Christiane passa par là. Avec ses allures de sorcière, elle n’était pas très bien considérée. Toutefois, en ces temps reculés où l’on recevait l’étranger comme un possible messager divin, on l’accueillit avec déférence. Et le miracle eut lieu ! Telle une Taubira et en un tournemain, elle apaisa l’assemblée présente, chassa des têtes couronnées le mal qui les rongeait et le pays tout entier fut soulagé ! La gratitude étant à son comble, on lui promit richesses, joyaux, avantages en nature, niches fiscales… Mais Christiane refusa ces pacotilles terrestres. Que préféra-t-elle ? Tout simplement que ceux qu’elle avait sauvés se convertissent à des valeurs éternelles… Quelle sainte ! Pour saisir – cher lecteur – l’énormité humaine de cette requête bénie, c’est comme si un garde des Sceaux demandait au CSN d’instaurer démocratie et parité dans l’instance suprême du notariat… Depuis, on fête les Christiane le 15 décembre : par avance, bonne fête Christiane !
Saint Christian ou les saveurs de chef

Christian, lui, était cuisinier ! Avec quatre autres frères, ils formèrent une petite congrégation de barbus, qui, entre autres, pratiquait la flagellation. Même si l’entourage appréciait fort que ladite épreuve se pratiquât exclusivement par auto-administration, ce n’est pas pour cela que Christian, attaché aux cuisines, devint saint. En fait, la congrégation régnait sur quelques serviteurs qui voulurent s’emparer des richesses accumulées par les 5 frères. Nos futurs saints, défendant qu’on en prive les paysans et villageois du secteur, furent promptement zigouillés. Toutefois, ce massacre ne suffit pas à les faire canoniser. Mais l’histoire ne s’arrête pas là… Les villageois et paysans, destinataires des bontés de la petite confrérie, s’emparèrent des serviteurs et les enchaînèrent en vue de les faire mourir… d’inanition (histoire qu’ils goûtassent ce que c’est que d’attaquer un cuisinier !). Or, les chaînes des condamnés fondirent sous l’intervention miraculeuse des 5 défunts frères. Ils gagnèrent alors leur sainteté à raison de cette mansuétude, la mort par privation de nourriture leur étant apparue disproportionnée par rapport au crime commis. On peut tirer de tout cela la règle de conduite en usage depuis chez tous les Christian de la Terre : la sainteté se nourrit plus de bons petits plats que d’auto-flagellation. Autrement dit : « in carne felicitas » ! On fête les Christian le 12 novembre : en retard, bonne fête Christian !

Inch’Allah !

Au vu de tels bienfaits, tout président du CSN devrait porter le même prénom qu’un dirigeant du pays, que diable ! Certes, notre précédent président appliqua cette consigne mais, en se prénommant comme le Pape, il importa au CSN les structures vaticanes d’où la femme est exclue. Jean Tarrade, le nouveau président, lui au moins, a déjà fait la moitié du chemin dans la bonne direction : il porte un des deux prénoms du Premier ministre. Ce qui serait divin, c’est que le futur président du CSN s’appelle François ou carrément… Françoise. Si c’est déjà raté pour 2014 (2), ne doutons pas que le CSN et son président sacrifieront un jour aux oracles de Christiane (3) : dans un avenir proche, le bureau sera paritaire et aura une femme pour président !

1. Christian Benasse, Président de la Chambre des notaires de Paris 2. Pierre-Luc Vogel est le 1er vice-président. 3. Christiane Taubira. Cf. N2000 n°532, page 26, dans son intervention au Congrès de Montpellier, elle à regretté que les femmes soient peu nombreuses dans l’organe de direction.