Puisque nous devons tous nous préoccuper de la « défense de la nature », il n’est pas totalement inconséquent d’appeler parfois la nature à prendre la nôtre, les seuls qui doivent s’abstenir d’une telle démarche étant, bien évidemment, les éléphants, phacochères et consorts…)

 

Voici que la civilisation, le progrès et la mondialisation réunis mettent de nouveau en vedette un sujet que je croyais définitivement rayé des listes de bavardages inutiles. Il va donc nous falloir, en tous temps et en tous lieux, nous remettre à débattre du triste sort du « petit notaire rural »… Notez bien que le sujet n’est pas plus idiot qu’un autre (du reste, j’aime assez qu’on parle de moi), mais ce qui me dérange, voyez-vous, c’est que ceux qui s’en emparent, l’envisagent généralement sous l’angle de leurs préjugés …

 

Pauvre notaire sans défense

La question a été déjà fortement débattue voici près de 20 ans, elle a tenu l’une des premières places des sujets de causette notariale au moins jusqu’en 1996. Avant, on parlait de « notaire isolé », maintenant on évoque les « TPO » (très petit office), mais le postulat de base reste le même : le petit notaire est un être sans défense, perdu devant l’évolution du vaste monde, qui ne peut humainement faire face aux exigences toujours plus grandes de la modernité, de l’informatisation, de l’organisation de la profession… Bref, s’il ne se suicide pas, il est en tout cas en grande détresse morale. Comme il ne se forme pas, il ne connaît plus rien ; il est d’ailleurs l’unique cause de la mauvaise réputation du notariat… Quelle horreur ! Il est grand temps qu’une commission ou même la totalité de nos organes professionnels commencent à réfléchir au moyen de l’aider !

 

Quotidien d’un très petit office

Je suis – probablement, puisque les règles conduisant à l’obtention de ce titre de gloire sont « confidentielles » – titulaire d’un TPO… Pas d’pot, direz-vous ! Pire encore ! Cet office aurait dû disparaître en application des décisions de la Commission de Localisation des Offices (Worldwide) Notariaux, et je suis donc l’archétype de ce qui ne devrait pas être. La définition usuelle du notaire isolé ou du TPO semble me correspondre parfaitement : le nez dans le guidon, toujours sur la brèche, morose et dépressif, exsangue, sous-formé et pas du tout impliqué dans l’évolution de la profession, n’ayant pas une seconde à consacrer à autre chose qu’à sa survie… Vous voyez le tableau. Mais voulez-vous connaître le fond de ma pensée ? Je vous laisse le choix… • Méthode douce : il y a toujours eu des pique-bœufs aux côtés des rhinocéros ou même des crocodiles (*c’est bien sûr un raccourci), et ni les uns ni les autres ne s’en portent plus mal. Autrement dit, nous avons autant à vous apporter que besoin de votre aide ! • Méthode dure : être toujours plus gros, plus fort, consommer et dépenser plus en comptant sur l’éternité de sa situation ne conduit pas toujours au résultat espéré ! Vous autres, géants indestructibles, ne devriez pas oublier ces autres géants qui vous ont devancés…

 

À l’ombre des dinosaures

Revenons en arrière, 250 millions d’années environ, en plein Mésozoïque, les reptiles dominent la terre. Certains d’entre eux grossissent pour devenir des « terribles lézards » (Dinosaures). D’autres, dits mammaliens (Lystrosaures), choisissent une autre voie : petite taille, petits besoins, agilité. Finalement, ils « accouchent d’une souris », le premier mammifère qui reste (comme l’est toujours l’ornithorynque) un ovipare. Croyez-vous sincèrement qu’un Diplodocus aurait parié que cet avorton allait survivre à l’extinction et engendrer les mammifères que nous connaissons, nous-mêmes y compris probablement… Il n’y a pas de voie prédéfinie. Il ne peut y avoir de certitude qu’une fois les épreuves franchies. Les dinosaures ont disparu… De là à supposer qu’ils ont peut-être été victimes d’une suppression simultanée de leur « tarif » et de leur « domaine d’intervention réservé »… Pensez-y ! Votre salut viendra peut-être des plus petits… Votre perte pourrait être le résultat d’un excès de certitudes à leur égard.