J’ai fait un rêve…

Lassé d’une fiscalité trop lourde et ayant la chance d’exercer dans le Nord-Pas de Calais, je décidai de me faire naturaliser belge. Malgré mon goût pour la vodka, j’avais dû renoncer à la Russie car c’était un peu loin… Je fus accueilli, par nos amis belges, les bras ouverts, avec une lettre chaleureuse du Premier ministre.

 

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Bien que résidant en Belgique, je continuais d’exercer mon métier en France. L’obligation de résidence des notaires était tombée depuis belle lurette et la condition de nationalité n’avait pas succombé aux assauts de l’Union Européenne.

Trouvant l’économie sur mes impôts un peu trop faible, je décidai de transférer le siège de ma Société d’Exercice Libéral à Jersey. Très vite, l’impôt sur les sociétés, que mon office payait habituellement, fut réduit à peau de chagrin. Cela ne fut pas pour me déplaire !

Restait à régler le lourd et épineux problème de la masse salariale. En France, la convention collective ne badine pas avec la rémunération des collaborateurs. C’est sans compter les charges sociales, mais aussi le problème des lois sociales tatillonnes et des juridictions prud’hommales partiales. Je décidai donc de décentraliser la production des actes au Maroc. J’y trouvai des diplômés de haut niveau acceptant de travailler pour un coût cinq fois inférieur à celui en vigueur en France. J’installai à Marrakech une équipe de 10 personnes sous la houlette d’un notaire salarié dans une dépendance de mon riad, transformé pour la cause en “Back-Office Notarial”. Cerise sur le gâteau : je pouvais même déduire mes voyages en classe affaire pour le Maroc…

Je ne gardai finalement qu’une secrétaire à l’étude qui se chargeait de poster ou scanner l’ensemble des pièces et courriers entrant ou sortant de l’étude. Elle avait également pour mission de servir, selon l’importance du dossier, un petit café ou une coupe de champagne aux clients.

Au bout du compte, mon étude obtint le taux record de rentabilité de toute la France ! Elle avoisinait les 93 %, et encore, je ne lésinais sur rien pour attirer et satisfaire la clientèle.

Ce système fonctionnait tellement bien que bon nombre de mes confrères finirent par m’imiter. Tout allait vraiment bien pour nous tous… Mais, un jour, le ministre des Finances, sous l’impulsion du garde des Sceaux (un ancien avocat), prit un décret imposant les notaires directement à la source d’une taxe forfaitaire proportionnelle de 75 % des émoluments.

Et je me suis réveillé…