J’ai fait un rêve…

 

MLK_538Je n’avais de cesse de vouloir plaire à tout le monde.
Je faisais tout pour contenter mes clients. Je ne leur refusais rien. J’acceptais des rendez-vous à point d’heure, même le dimanche et les jours fériés. Je me lançais parfois, à leur demande, dans des montages juridiques périlleux, au risque d’actions en responsabilité plus que probables.
Je cherchais également à être parfait vis-à-vis de mes confrères. Ainsi, je devins un exemple de confraternité. Je répondais à une demande de copie dans la minute et gratuitement. Je prenais toujours mes confrères au téléphone, y compris lorsque j’étais en rendez-vous. Je leur payais leurs émoluments moins de 7 jours après la signature de l’acte. Jamais, je ne tentais quoi que ce soit pour détourner un de leurs clients, ni pour leur prendre un de leurs collaborateurs.
Je cherchais en permanence les grâces des représentants de notre profession, celles de mon président de Chambre dont je saluais la moindre des décisions, mais aussi celles du président du Conseil régional. Jamais je ne contestais quoi que ce soit émanant du président du CSN. Jamais je ne râlais en payant une cotisation ou une facture de l’ADSN. Jamais je ne critiquais le mode d’élection de nos représentants, ni ne réclamais de transparence dans les comptes “publics” du notariat. Je restais en permanence le bon petit soldat, au garde à vous, dont la tête ne sortait jamais du rang.
Mon désir de plaire se manifestait aussi auprès de mes collaborateurs. J’acceptais sans broncher toute demande d’augmentation de salaire. Je ne contestais aucune de leurs demandes de congés, je leur aménageais leur temps de travail à la demande et leur accordais des primes dès que possible.
J’assouvissais mon désir irrépressible de plaire également auprès de tous nos partenaires, conservateur des hypothèques et contrôleur divisionnaire de l’enregistrement. Ils n’avaient jamais un mot déplacé de ma part malgré leurs retards et erreurs multiples. Je les gratifiais même d’un cadeau chaque fin d’année.
Ma volonté était telle que j’en étais venu à ne plus écrire dans Notariat 2000.
Au bout d’un moment, je compris que, malgré tous mes efforts, non seulement je ne pouvais pas plaire à tout le monde, mais qu’en plus j’en avais fini par me détester moi-même.

 

Et je me suis réveillé…