Personnalité sulfureuse, proche du notariat, des pouvoirs politiques, des grands cabinets d’affaires, de la finance et des médias, le général Alcazar est un homme de l’ombre redoutable à l’efficacité reconnue. Un mercenaire des temps modernes. Voici comment s’est déroulée son entrevue avec M.X…, discret émissaire du CSN.

 

Par un bel après-midi d’hiver, à la terrasse chauffée d’une brasserie confortable et discrète, très éloignée du parvis des Invalides, le général rencontre M. X…, discret émissaire du CSN. Après les salutations d’usage, ce dernier entre dans le vif du sujet. S’apercevant qu’elle n’avait plus un soutien inconditionnel du pouvoir politique, la profession a fait réaliser une analyse prospective par le très prestigieux cabinet Européen Consulting-Sonding-Prévising International & Co LDT. Ses conclusions sont alarmantes !

“Les visions européennes et gouvernementales sur l’avenir du métier de notaire viennent de fusionner et la conjonction astrale est constante jusqu’en 2012.

Le notaire perdurera, conservera son statut d’Officier public ayant seul le pouvoir de dresser des actes authentiques, mais exercera désormais son monopole de la publicité foncière en publiant, après vérification formelle, les actes juridiques issus du marché concurrentiel du droit.

Dans ce marché, le notariat arrivera à terme à conserver la rédaction d’une partie des contrats ayant trait aux biens immobiliers, dans une proportion que l’on peut estimer égale à celle de son activité dans les mutations de fonds de commerce, avec toutefois une grande disparité entre les offices.

Ainsi, seuls les plus importants d’entre eux, situés en zone urbaine et alliés avec les grands réseaux d’agences immobilières et, par le biais de holdings et sociétés interprofessionnelles, les banques assurances, pourront continuer à dégager de grands volumes de transactions. Les autres s’amenuiseront ou disparaitront…

Aucun mouvement média ou politique d’importance ne viendra contrarier cette évolution, car votre profession n’intéresse pas la population des grandes agglomérations, dont vous vous êtes inexorablement coupé depuis une trentaine d’années par la standardisation de vos prestations de “passage obligé”. En fait si, elle l’intéresse : l’énoncé de vos malheurs la réjouira…

Quant à la population qui vous connaît bien et qui vous est proche (votre fameux maillage territorial, villes et villages), son poids médiatique et politique est insignifiant.”

À ce stade de l’exposé, le général leva les yeux vers la fumée de son cigare, et ne put réprimer un sourire : la situation devait vraiment être désespérée s’il avait fallu un audit de C.S.P. International & Co Ldt pour énoncer de telles évidences…

M. X… (gêné) : Nous avions bien envisagé cette évolution, soupira-t-il, et même essayé de l’anticiper par la création de grandes sociétés libérales interprofessionnelles sous holdings afin de conserver, le moment venu, une part importante de ce marché concurrentiel. Mais le temps nous a manqué, la base est trop conservatrice, trop attachée à sa profession, sa clientèle, ses valeurs… Et nous ne sommes pas prêts. Et je ne vous parle pas du reste !

Le général eut à nouveau un sourire, expira longuement et se mit intérieurement à donner des noms à chaque volute de fumée : CRPCEN, Mnémosyne-PMS, gel de la formation professionnelle pour défaut de stages disponibles, imbrications cubiques de diverses sociétés à buts divers… Puis, posément, il compatit…

Le Général : En quoi puis-je vous être utile ?

M. X… : Les grandes démonstrations basées sur la mesure, la réserve, les valeurs, la déontologie, la performance, la qualité, le service, la loyauté, la vertu, n’arrivent plus à protéger la conception traditionnelle du notariat. Nous avons donc décidé de changer de méthodes. Nous sommes prêts à créer une nouvelle commission au CSN. La 7e. Elle mettra en œuvre tous les moyens qu’il conviendra d’employer. Ou plutôt, elle maniera en sous-main tous les moyens qu’il convient de ne pas employer, mais qui pourraient se révéler efficaces, fussent-ils vicieux ou pernicieux.

Le Général : La 7e commission ?

M. X… : Tout à fait. Accepteriez-vous d’en prendre la direction ? Sachant que vous recruterez votre propre équipe et que vous serez doté d’un budget… à votre convenance.

Trente secondes de silence s’écoulèrent. Le général ne souriait plus. Et c’est ainsi que naquit la 7e commission, dénommée non sans malice CPPVN (Commission pour promouvoir les vertus du Notariat). Suite dans notre prochain numéro…