La crise actuelle me rappelle cette phrase introductive du discours de Gérard Julien Saint-Amand à Font-Romeu au début du congrès Jeune Notariat de 1973 sur la négociation notariale. JSA, comme on l’appelait, était président du MJN qui sortait de quelques turbulences. Le notariat, surpris, abordait sa première grande crise après ce qu’il est convenu d’appeler « les 30 glorieuses »…

 

En 1973, le choc pétrolier, 1er du genre, était passé par-là. Nul ne l’avait prévu, ni envisagé. Le notariat qui avait pris une longue habitude d’augmentations annuelles copieuses et soutenues de ses produits, se réveillait abasourdi et amorphe. Les anciens s’en souviendront ; j’étais moi-même fraîchement installé et endetté comme il se doit !… Sur bien des points, les circonstances actuelles sont semblables. Comme aujourd’hui, il fallait secouer les troupes. À Font-Romeu, de sa voix très grave et concentrée, Gérard Julien Saint-Amand y a réussi. Bien des participants, jeunes et inexpérimentés, en sont sortis ragaillardis.

 

Promouvoir l’expertise

JSA n’a pas parlé de négo. L’équipe de rapporteurs, présidée par Claude Robine et entrainée par notre fougueux Breton Pierre David, rapporteur général du congrès, s’en est ensuite chargée. JSA a pris comme exemple de réaction face à cette crise inconnue, l’expertise immobilière notariale que, seule, la conférence du plan s’évertuait vainement à promouvoir. Avec son apôtre en chef M. Aspignon… (souvenirs !) il a développé son exemple avec un chiffre : si chaque notaire produisait un rapport d’expertise par jour à 300 francs (l’euro n’existait pas en 1973 !), la crise serait contenue au moins dans ses effets les plus dévastateurs. C’est ainsi que nombre de jeunes et moins jeunes, sans compétence dans ce domaine, ont « profité » de la crise pour se former et se lancer dans cette activité alors inconnue. Et ils y ont persévéré ! Effet secondaire que JSA avait peut-être prévu, mais sans nous le dire, l’habitude et le goût du développement ont naturellement suivi avec les premiers « succès » de nos expertises !

 

Service complet

Parmi les autres effets induits, il faut citer en 1974, pour contrer la crise persistante, l’action du CSN via la Conférence plan qui organisa, dans chaque région, la grande journée du développement. Le CSN s’est saisi de la belle idée de François Boularan, au congrès Jeune Notariat autour du « SIN » (Service Immobilier Notarial), qui englobe l’expertise, la gestion et la négociation. Et, en outre, le droit de l’entreprise. On ne parlait pas encore de « patrimoine », venu plus tard, au début des années 80. Les jeunes puisaient dans un tel réservoir les idées de leurs actions ! Le tout proposé et appuyé par nos instances. Heureux temps révolu…

 

Le temps de l’action

Cet exemple vieux comme Mathusalem est-il transposable aujourd’hui ? Je ne sais… Mais je suis sûr, en revanche, que c’est dans l’action, et même en réaction à la crise, qu’on peut muscler nos produits. À défaut, les solutions négatives du rabougrissement conduiront au désastre et entraveront le futur rebond. Tout chef d’entreprise est face au même dilemme. Il faut augmenter les produits ou baisser les charges. Le notaire ne saurait donc y échapper. Notre réactivité appuyée par nos propres goûts et compétences, notre dynamisme restent les meilleurs garants de notre avenir.