Vous connaissez tous le joueur de flûte de Hamelin ? En quoi ce conte de Grimm, qui semble basé sur des faits réels, peut-il concerner le notariat ? Explications.

 

Un joueur de flûte, qui emmène les enfants vers une mort certaine pour se venger de n’avoir pas été rémunéré pour ses services de dératiseur. Non, décidément, le conte de Grimm n’a aucun rapport avec les notaires. À moins que…

Pour un observateur attentif, le notaire “officier public de plein exercice” est un lointain souvenir. Contrôlés comme jamais, obligés à l’uniformité jusque dans les plus petits détails (1), nous avons peu à peu abandonné notre “plénitude” à nos instances, nous comportant comme des “incapables” pour lesquels on décide progressivement de tout.

Nous sommes, à ce titre, devenus tels des enfants, placés sous l’autorité d’une “grande personne” qui, pour être morale, ne nous en prive pas moins d’une grande partie de nos déjà rares libertés individuelles.

La fonction a dévoré la profession, au point de faire de nous des “fonctionnaires” par une interprétation trop restrictive et abusive de la définition du Conseiller Réal.

 

Pipeau et violons

Qu’est devenue la flûte après que le joueur de Hamelin ait passé l’arme à gauche ? Il semble que quelqu’un ait fini par la trouver… Subtil, il l’a confiée à d’autres qui savent en tirer le meilleur. Car la flûte, comment dire… c’est du pipeau ! Et du pipeau, depuis quelques années, nous en avons entendu !

• On envisageait, par exemple, de confier le divorce aux notaires… Pipeau ! Simultanément, l’auteur de cette affirmation confiait aux avocats qu’il n’en avait jamais été question. Violons…

• On protègerait la profession bec et ongles contre toutes les attaques… Pipeau ! Mais, d’un autre côté, on ne pouvait négliger les demandes des avocats. Violons…

• On s’opposerait fermement à la suppression de la condition de nationalité… Pip… Ah, non, pardon, pas fait exprès !

Mais c’est pas grave, “on vous aime quand même !”. Violons. “Et pensez à voter pour nous en 2012 !”… Orchestre de flûtes !

 

Inventaire…

Pour les notaires de ma génération, le pipeau est indissolublement lié au marchand de sable et à Nounours. Son utilisation provoque inévitablement la somnolence, l’abandon, la détente… “Tout va bien, dormez braves notaires !”. La mélopée continue à nous bercer, et les flûtistes choisis se relaient avec le même talent…

• “Avec le CD-ROM, les notaires préparent leur accès internet”.

• “Avec le réseau R.E.AL., nous ferons figure d’interlocuteurs valables vis-à-vis de la chancellerie et des notariats étrangers”.

• “Il faut télé@cter, notre avenir en dépend”.

• “Venez tous au Zénith pour montrer la force et la détermination”. Là, c’est un énorme pipeau car, en fait, on nous a fait assister à la signature d’un acte authentique dont nous n’avions même pas eu le projet !

• “Le PNF a été élaboré par des notaires volontaires”, comprenez “soigneusement désignés” par des chambres sous contrôle.

• « La modification du tarif a été effectuée au profit des petites études rurales »…

Je suis sûr qu’on pourrait en faire un inventaire dont l’épaisseur n’aurait rien à envier à la “bible” de Mnémosyne. Tiens ?! Flûte à bec… Et pan sur le bec, bien sûr !

Des années de figures libres effectuées par des flûtistes de talent…

Tellement talentueux qu’on y croirait presque ! Mais où nous conduit-on ?

Ne serait-ce pas en direction d’une profonde rivière ? Ne faudrait-il pas se réveiller avant qu’il ne soit trop tard ? Allez, confrères, un sursaut salvateur s’impose ! Branchez les guitares !!!

1. Une adresse internet est, à n’en point douter, un élément essentiel de la fonction.