J’ai fait un rêve.

Je venais d’être nommé “notaire rem-plaçant”. Cette nouvelle catégorie de notaires avait été créée dans le cadre de la grande loi sur la modernisation du notariat. Le notaire remplaçant était nommé par arrêté du garde des Sceaux, mais sans résidence assignée.

 

Ainsi, sur simple délégation d’un notaire en place, officiellement signifiée au Procureur de la République, le notaire remplaçant pouvait exercer en lieu et place de n’importe lequel de ses confrères.

Ce remplacement pouvait durer de 1 jour à 1 an, il était renouvelable et pouvait s’opérer de façon habituelle ou encore ponctuellement.

Certains jeunes diplômés y trouvaient l’avantage de parfaire leur expérience dans une sorte de tour de France des études, glanant de-ci de-là les pratiques à appliquer ou celles à éviter.

Certains notaires, plus expérimentés, avaient enfin trouvé le moyen de sortir de leur routine quotidienne et voyaient, dans ces changements fréquents de lieu d’exercice, l’occasion de donner un second souffle à leur carrière.

Les notaires remplacés se sentaient enfin libres de prendre un peu de temps pour eux, que ce soit pour voyager, occuper un mandat électif, se remettre d’un problème de santé, voire tout simplement pour travailler moins.

Le remplacement était parfaitement encadré par un contrat type, élaboré par le CSN et la Chancellerie. La délégation des pouvoirs au sein de l’étude était définie et limitée dans ce contrat ainsi que les obligations de non concurrence. La rémunération du notaire remplaçant, comme celle du notaire remplacé, était parfaitement définie.

Profitant donc de ce système, je passai la fin de ma carrière professionnelle entre Cannes, Marseille et Montpellier, sans omettre de faire régulièrement un petit tour à Pompadour et à Paris.

Le système rencontrait tellement de succès que tous les notaires voulaient en bénéficier. Certains titulaires vendaient leurs études ou leurs parts pour exercer cette profession nomade et d’autres se faisaient remplacer indéfiniment.

Puis vint le jour où tous les offices de France furent vacants… faute de titulaires. Tous étaient devenus notaires remplaçants !

Et je me suis réveillé…