Connaissez-vous la dernière légende urbaine à la mode ? Non, il ne s’agit pas des crocodiles qui vivraient dans les égouts, ni du type qui buvait tellement qu’il s’est consumé intégralement en allumant une cigarette. Figurez-vous qu’il existerait une catégorie de notaires si défavorisée qu’elle ne pourrait vivre sans l’aide bienveillante de la profession : j’ai nommé les « TPO »…

 

Comme la plupart des légendes, il s’agit en fait d’un mythe bien plus ancien, transposé dans la réalité moderne, et auquel on a attribué un nom plus moderne… Le « TPO », ce n’est rien d’autre finalement que le « notaire isolé » qu’on croyait disparu par l’effet miraculeux des semi-conducteurs… Qui sont-ils ? Je n’en connais presque aucun. Sans doute cette « qualité » n’en est-elle pas une… Toujours est-il qu’on a estimé utile de ne diffuser ni les critères fondamentaux conduisant à être qualifié de « TPO », ni la liste de ces « très petits offices »… Ceci dit, on peut le comprendre. Puisque ces « pauvres notaires » dépendent de la bonne volonté de notre communauté, il serait désobligeant de les pointer du doigt : tout d’abord, parce que ces « miséreux » pourraient concevoir une gêne tout à fait légitime du fait de leur condition ; ensuite, parce que leurs confrères n’ayant pas la fibre solidaire pourraient prendre ombrage des aides qui leur sont accordées avec générosité.

 

« Coming out »

Il est temps pour moi de faire, devant vous, mon « coming out » (pour ceux qui ne m’auraient jamais lu) : je suis titulaire d’un TPO. Et alors ? Eh bien, il ne me semble pas que cette situation mérite d’être dissimulée, car je n’en conçois ni honte, ni fierté…Considérant, comme Bossuet que « tout l’être qui se mesure n’est rien », je n’ai jamais cru que la taille, le poids, le nombre d’actes, le chiffre d’affaire brut et autres critères du même genre soient suffisants pour définir une réalité. On peut être TPO et parfaitement heureux de l’être ! Que l’on s’intéresse aux éventuels problèmes des TPO n’a aucun intérêt (que cet intérêt vienne du CSN, du SNN, ou de la Commission Attali) si on le fait à mauvais escient, pour se donner bonne conscience, sans réflexion ni logique. Je ne souhaite pas de privilèges, je ne demande pas de charité, et je prendrai même assez mal qu’on m’attribue une place de parking réservée devant la maison du notariat au seul motif que je suis un TPO. Seulement voilà… Comme je ne connais pas d’autres TPO, et que, victime de la propagande institutionnelle, je n’ose rien demander à ceux que je suspecte d’en être, j’ignore si je suis le seul à penser ainsi…

 

Forum des TPO

Reste une question, qui dénote un mauvais esprit certain, mais qui mérite d’être posée. Si la liste des TPO n’est pas diffusée (au moins aux TPO eux-mêmes), est-ce pour éviter :

- qu’ils puissent constater que ces offres généreuses ne sont, pour la plupart d’entre elles, que des cache-misère perclus d’exceptions auxquels bien peu auront finalement droit ?

- qu’ils aient l’idée de se rencontrer, de s’entraider, qui sait… de fonder un forum des TPO, ou même le plus grand réseau notarial de France ? À bien y réfléchir, en effet, ces individualistes habitués par nécessité ou par choix à se contenter de peu et qui doivent combler par l’imagination, les outils et la réflexion l’inconfort initial de leur situation pourraient peut-être, en se regroupant de façon informelle s’avérer moins « handicapés » que certains tendent à (leur) faire croire… Et si on essayait ? Très petits confrères, vous savez maintenant que je suis des vôtres. Révélez-vous à moi : TPOreseau@notairz.org ! Ne laissons plus les « gros » définir ce qui est bon pour nous…