En octobre prochain, le Mouvement Jeune Notariat va tenir son congrès annuel (*) en Corse sur le thème : “Notariat du 21e siècle : du statut au savoir-être”. Jean-Michel Ségura (Côte-d’Or) en sera le rapporteur général. Rencontre à quelques semaines du coup d’envoi du congrès…

Notariat 2000 : Quel est le fil rouge de votre congrès ?
Jean-Michel Ségura :L’idée centrale est que les notaires et collaborateurs capitalisent 3 savoirs. Il s’agit tout d’abord du “savoir”, avec la formation initiale, continue et la pratique. Puis, il y a le “savoir-faire”, avec des outils, des évolutions (nous sommes passés de la plume d’oie à l’acte électronique) et le Portail. Enfin, on trouve le “savoir-être” (c’est-à-dire le comportement). C’est ce qui nous manque souvent. On peut être “blindé” de savoir, mais incapable de tenir un rendez-vous, de prendre la parole en public. Il nous manque souvent “la mise en musique”. Le fait que le savoir-être soit complètement absent de la formation initiale n’arrange pas les choses. Pourtant, ses principes sont énoncés dans le texte fondateur de la loi de Ventôse…

Notariat 2000 : Des “recettes” seront-elles proposées en Corse pour parvenir à un “meilleur savoir-être notarial” ?
Jean-Michel Ségura :Nous ne disposons pas de recette universelle. Mais nous sensibiliserons les congressistes sur l’importance d’être à l’écoute de l’autre. Il faut faire preuve d’empathie, comprendre la personne, se remettre en cause, s’adapter au rendez-vous et imaginer qu’on peut agir différemment. Il faut penser qu’un acte routinier pour le notaire, c’est un acte exceptionnel pour le client. Et qu’en modifiant son comportement, on peut gagner en efficacité.

Notariat 2000 :ouvez-vous nous donner des exemples qui mettent en pratique ce savoir-être ?
Jean-Michel Ségura :Décrocher le téléphone avant la 3e sonnerie relève du savoir-faire. Mais qu’entend-on ? Le savoir-être avec le sourire ! Autre exemple : l’entretien annuel d’évaluation, qui est effectué dans une étude sur deux. On utilise l’extrait de la Convention Collective : c’est le savoir-faire. Mais la question est souvent réglée en 5 minutes, entre 2 rendez-vous et sans concertation préalable. Le savoir-être exigerait que l’on fixe ensemble une date d’entretien, que l’on y consacre 1h, pour mener une réflexion commune… Encore une fois, notre objectif n’est pas de dire ce qui est bien ou mal de faire. Chacun fait finalement comme il l’entend. En revanche, nous voulons susciter des réflexions de remise en cause. Savoir-être, c’est valider qu’on est bien sur la même longueur d’onde avec son associé, ses collaborateurs, ses clients…

Notariat 2000 :Selon vous, les règles de déontologie doivent-elles évoluer ?
Jean-Michel Ségura :La déontologie évolue mais des lacunes subsistent. Par exemple, le décret du 26 novembre 1971 nous interdit de recevoir un acte concernant le conjoint, les parents proches. Or, rien n’est prévu pour le notaire pacsé qui peut recevoir un acte dont sa partenaire est partie ! Autre situation : à 10h, un couple de retraités vend sa maison à un marchand de biens. A 11h, ce même marchand de bien vend le même bien (sans travaux), avec le même notaire, à un jeune couple avec une grosse plus-value. La question de la compatibilité entre l’obligation d’instrumenter et le devoir de loyauté envers le client se pose.

Notariat 2000 :S’il n’y avait qu’un seul message à faire passer à nos lecteurs, quel serait-il ?
Jean-Michel Ségura : Ne pas croire qu’on ne peut pas s’améliorer, même si tout semble aller bien ! Si, par exemple, aucun collaborateur ne se plaint dans mon étude, cela ne veut pas dire que je suis, pour autant, un bon patron… Les entretiens annuels d’évaluation sont faits pour ça. De même, dans un rendez-vous avec les clients, le fait qu’il n’y ait pas de questions ne signifie pas que tout va bien. Il est possible que les clients n’aient pas “osé”. Il faut accepter de se remettre en cause en permanence. Bref, ne pas rester sur des impressions…

* Le congrès est présidé par Bertrand Martin, notaire dans le Nord. L’équipe est composée, outre de son rapporteur général, de Catherine Capaldo, ancien notaire assistant, coach, consultante et formatrice ; Sylvie Antoine, spécialiste en ressources humaines, ex permanent de la Chambre de Paris ; Frédéric Gerbet, notaire à Nîmes, membre du club des notaires certifiés ; Michel Vogelweith, notaire honoraire, ancien membre du club des notaires certifiés. Le Professeur Raymond Le Guidec et Me Gilles Rouzet, notaire honoraire, conseiller honoraire à la Cour de Cassation interviendront en tant que “grands témoins”.