Avez-vous remarqué que le mot « unité » est l’une des valeurs phares de notre très haut conseil et de tout ce qui en constitue les satellites ainsi, bien entendu, que de tous ceux ou presque qui rêvent d’y siéger un jour ? En ce moment, et devant la réforme MACRON, il faut à tout prix « préserver l’unité ». Mais c’est quoi au juste l’unité ?Unknown

Reprenons une à une les définitions de ce mot tellement usité, et voyons si elles correspondent à notre situation, et laquelle, surtout, s’applique à nous…

Définition n°1 : « Caractère de ce qui est un, unique« . Le notariat n’est pas un, il est 9.900 au minimum, 57.000 et plus en vérité, et sauf erreur de ma part, chacune des composantes de la profession conserve en y entrant ses capacités et droits d’être humain,  Donc le notariat n’est pas unique, il est uni par des liens forts, et comme je l’écrivais, il y a près de 20 ans, la Confraternité un peu comme l’amour ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction… Or quand je vois l’énergie dépensée par certains pour « s’occuper » de ma modeste et insignifiante personne, je pense que leurs yeux sont alternativement (simultanément ça se verrait) tournés vers leur nombril et vers ceux qu’ils ont classés parmi leurs « ennemis » ce qui les empêche sans doute de percevoir les réalités du monde qui les entoure.

Définition n°2 : « Caractère de ce qui est considéré comme formant un tout dont les différentes parties contribuent à former un ensemble indivisible » Nous sommes assez proches de cette réalité-là. Est-ce une bonne chose ? Nos adversaires en jouent à loisir pour mieux nous démolir ! Ce sont « les notaires » qui ont causé le décès des victimes des intempéries à La-faute-Sur-Mer, « les notaires » qui sont des rentiers, « les notaires » qui ont provoqué l’extinction des dinosaures… Ah non, pardon, ça n’a pas été dit, et pourtant, l’un de ceux qui nous détruisent unitairement (Vincent Le Coq) est directement concerné, puisqu’il est démontré que le poulet est le descendant du Tyrannosaure. Est-ce une mauvaise chose ? Certainement pas, car nous avons su mettre en place des mécanismes qui rendent le « tout » effectif. Nous dirons qu’avantages et inconvénients s’équilibraient, tant que le tout n’était pas attaqué, au mépris des individualités. Le notariat c’est « tous pour un », personne n’en doute. Mais est-ce encore « un pour tous » ?

Définition n°3 : « Qualité de ce qui est homogène, non composite« . Pas de chance, celle-ci ne convient pas ! Des hommes des femmes, des petits et des grands, des bons et des méchants, j’évite prudemment les gros… Non, à ce titre-là, le notariat n’est pas unique. Plus varié, tu meurs ! Oups, surtout ne meurs pas : ça ferait plaisir à tant de gens malintentionnés !

Définition n°4 : « Grandeur prise comme étalon de mesure des grandeurs de même espèce« . Sauf à considérer que nous devons parler de Maître-étalon alors que nous devrions plutôt mettre un terme au Maitre comme le suggérait dans un passé récent notre ami Etienne Dubuisson, cette définition ne correspond pas non plus à notre réalité.

Définition n°5 : « Structure organisée, cohérente, au sein d’un ensemble plus vaste« . Voilà qui se rapproche un peu de notre vérité ! Organisés, nous le sommes, structurés, aussi, presque trop et dans un ensemble plus vaste, nous avons trop tendance à l’oublier. Il semble cependant que l’idée fasse son petit bonhomme de chemin, avec notamment l’idée d’un « Code de l’accès au droit » intégrée par les amendements sénatoriaux et même l’idée d’une péréquation « interprofessionnelle » (sachant que la péréquation prônée par quelques dizaines de notaires ne se fait aucunement entre professionnels, elle s’applique directement aux actes, et les actes de notaires sont une forme d’actes de justice, ce qui autorise une perméabilité partielle de la notion…). Nous sommes un élément organisé, structuré et essentiel de la citoyenneté et de l’accès égal des citoyens au droit.

Définition n° 6 : « Formation militaire, constituée de façon permanente dans les armées de terre et de l’air« . Nos chefs ont distillé depuis des années une forme de pensée unique de type pseudo-militaire : le notariat est un corps d’armée en ordre de marche. C’était le meilleur moyen de réveiller les vieux réflexes enfouis dans les gênes de tous ceux qui ont participé au  « Service National ». Qui dit armée, dit… « Grande muette ». « penser c’est déjà désobéir », « t’as signé, c’est pour en ch…upporter les conséquences », tout ça, quoi ! Mais dans une profession qui se féminise et se rajeunit, ces paroles n’ont plus autant d’écho. Rien de mieux pour asseoir un « pouvoir » que de se poser en « officier supérieur » exerçant une autorité incontestable sur les hommes du rang. Cette tâche est hautement facilitée lorsque les « officiers supérieurs » ont l’opportunité de désigner un ennemi. Et là, il faut bien reconnaître que nous avons été gâtés : ATTALI, DARROIS, MONTEBOURG, MACRON ! Autant d’occasions d’insister sur la nécessité de ne pas rompre l’unité, qui est notre plus grande force ! Et c’est vrai que le fait d’être unis est peut-être une force. Mais cette unité forcée pourrait bien être notre perte. Une chanson (américaine, « Waist deep in the big muddy » de Pete Seeger traduite par Craeme Allwright, « Jusqu’à la ceinture ») illustre bien le propos, par le récit de la traversée d’un fleuve au cours de simple manœuvres militaires. Des chefs autoproclamés (cooptés, triés, sélectionnés selon les principes de la « mêmocratie » notariale) entourés de courtisans zélés et de permanents nous indiquent la voie. Même si on leur apportait la preuve de leur erreur, ces dirigeants n’infléchiraient pas leur routes tant ils sont persuadés de leur bon droit et de leur légitimité. J’exagère ? Voici 2 exemples.

  • 1°) Lorsque sur la Boite à Idées, nous demandions l’organisation d’États Généraux était-ce « nuire à l’unité » ? Il y a presque un an que cette demande était initiée. En fait d’États généraux, il y a eu un « tour de France » qui n’a pas marqué les mémoires et où l’on a célébré quoi ? L’unité bien sûr !
  • 2°) Lorsqu’un délégué au CSN (notre rédacteur  Etienne DUBUISSON) interpelle le Président de ce Conseil au cours de l’Assemblée de Liaison (Journ’AL N065 de février 2015 page 15 en bas) : « Monsieur le Président, vous nous proposez de réfléchir mais à mon avis, il faut maintenant agir
    […] Il y a quelque chose de tout simple à faire. Il y a des commissions au CSN, il suffit de réunir une inter-commission élargie car le tarif redistributif du service public de l’authenticité concerne au moins trois commissions : la commission économique et sociale, la commission du statut et la commission de la communication. En simplifiant le tarif, en faisant une péréquation à l’acte, on va rendre service surtout à la population qui va enfin avoir un tarif  lisible, prévisible, qui saura – de façon simple et à l’avance – combien coûte un acte, ce qui permettra de faciliter les financements chez les banquiers et une redistribution, certes peut être entre les notaires, mais surtout au profit de la population et, notamment, en matière d’aide juridictionnelle […] Si vous me répondez que ceci va être étudié, pourquoi ne pas faire tout simplement une inter-commission élargie à ceux des confrères volontaires qui sont en dehors du CSN mais qui ont une expertise sur cette réforme du tarif ?[…] » Et que le Président répond en ces termes (page 16 du même JournAL) « D’abord c’est une excellente idée et nous allons l’appliquer. Vous voyez que nous sommes à l’écoute« … Que peut on conclure lorsque ce même Conseil refuse à ces notaires l’accès à cette réunion pourtant organisée et annoncée, le 21 janvier dernier, et se contente de donner quelques minutes de parole aux seuls délégués faisant partie de l’équipe, avant de faire voter une motion écartant toute « socialisation du tarif » comme « trop compliquée à mettre en place« ? Peut-on encore parler d’une représentation objective des intérêts des notaires de France, de TOUS les notaires de France ?!

Ne sommes-nous pas, au fond, nous qui aujourd’hui sommes accusés régulièrement de mettre l’unité en danger, les derniers défenseurs d’une unité consentie au lieu et place d’une unicité subie ? L’unité notariale, c’est nécessairement basé sur des échanges libres et réciproques entre base et sommet, non ?

Didier Mathy