Après 16 mois de bataille dans l’ombre, on n’est plus vraiment le même. Vos proches le ressentent parfaitement. Voici ce qu’il m’est arrivé il y a quelques jours…

MATHYJe tournais en rond, comme un ours en cage, dans l’attente d’un mail, d’un tweet, d’un message facebook, d’un sms, ou d’un appel. La raison se fit entendre par la voix de mon épouse : “Tu devrais prendre un peu l’air, ça ne sert à rien de te ronger les sangs ici”. J’ai commis l’erreur tragique de retourner, avec mes chiens, sur le chemin qui marquait autrefois la limite des pays de droit écrit. La promenade commençait plutôt bien. Les joies simples de la campagne me faisaient un peu oublier la folie gouvernementale quand soudain une voix masculine dit : “Mais je ne rêve pas, voilà mon vestige favori !”

Un coup d’œil vers le champ de maïs… Rien (cf. Notariat 2000 N° 427, février 2001).

Un regard vers le champ de tournesol… Rien non plus (cf. Notariat 2000 n° 511, mai 2010).

Un mauvais tour de mon imagination sans doute ! Je repris donc mon chemin, lorsqu’une autre voix (féminine celle-ci) retentit : “Eeeeh, faut ouvrir les yeux, tabellion !” Imaginez le choc ! Devant moi, deux plantes étranges agitaient leur ramure rougeâtre en signe de protestation.

Moi : Mais qui êtes-vous ?

Elle : Nous ne sommes pas du genre à nous laisser marcher dessus, nous revendiquons notre liberté d’installation !

Moi : Oh oh oh, du calme ! Qu’êtes-vous donc !?

Elle : pour un rural, tu n’es pas très versé en botanique !

Lui : Je suis Hubert, et voici mon amie Zina. Nous sommes des ambroisies.

Moi : Mais enfin, l’ambroisie, ça ne parle pas, et personne ne la cultive !

Elle : nous nous sommes cultivés nous-mêmes ! Nos ancêtres poussaient à côté d’un champ de tournesol qui s’étendait ici, en 2010…

Lui : Rappelle-toi, c’est là que “nous” nous sommes rencontrés, et tu m’as arraché violemment, puis piétiné sauvagement ! A l’endroit de ton crime se trouvait une pousse discrète…

Elle : Savais-tu que l’ambroisie est une astéracée, comme le tournesol ?

Lui : C’est de ton talonnage énergique qu’est résulté la base de l’alchimie qui nous compose ! Je t’explique : les gênes d’avocat inclus dans le tournesol se sont mêlés à ceux de l’ambroisie, constituant une espèce nouvelle ! Et depuis 2010, plusieurs cultures successives de tournesol ont ajouté leurs caractéristiques aux nôtres par migration des transgènes…

Elle : des gênes de blé et d’oseille destinés à augmenter la rentabilité des cultures, des gênes de chanvre indien, pour amoindrir les résistances et favoriser le contrôle (des oiseaux, qu’ils disaient…)

Lui : des gênes de lentilles d’eau, pour assurer un parfait comportement en eaux troubles, des gênes de gallinacées, aussi, mais je n’ai jamais compris pourquoi… Bref un cocktail qui, lié aux propriétés de mon propre génome, font de nous l’espèce ultime ! Comme l’ambroisie, nous nous sommes répandus partout, provoquant certes quelques allergies, rhinites, trachéites, et même des urticaires, mais sans que personne ne nous remarque…

Elle : Nous occupons de plus en plus le terrain, et nous vous éliminerons, vous, les végétaux en place, sois-en sûr !

Moi : je croyais que l’ambroisie était hermaphrodite ?

Elle : je te croyais juriste ! Tu ne voudrais quand même pas qu’on nous attaque en raison d’un défaut de parité ! Je sais que le sexe neutre vient d’être reconnu par les tribunaux, mais ce n’était pas le cas lors de notre apparition, on s’est adaptés !

Lui : Toutes les “mauvaises graines” font de la sorte. Tu les cultives sans le savoir, tu facilites leur expansion en véhiculant inconsciemment leur descendance, et avant même que tu n’aies eu le temps de te rendre compte de ton erreur, elles s’attaquent à toi et te pourrissent la vie !

La scène qui s’ensuivit étant d’une violence extrême, indigne de notre revue, je ne vous la conterai pas. Sachez simplement qu’aucune voix nasillarde ne viendra perturber votre éventuelle promenade sur le chemin qui séparait autrefois les pays de droit écrit des pays de coutume. J’y ai veillé. Parallèlement j’ai adhéré à www.stopambroisie.com.

Mais avouez que cette anecdote devrait nous inciter à réfléchir. Tout ce que nous faisons a, tôt ou tard, des conséquences potentiellement dommageables. Nous avons laissé se développer dans notre profession, quelques mauvaises graines, puis, nous avons commencé à tousser… Préservons la pureté de nos idéaux et de notre fonction, ne nous laissons pas contaminer, ne favorisons pas les mélanges et les compromissions, nous avons commis suffisamment d’erreurs par le passé, évitons que tout ceci ne nous conduise véritablement à Hubert et Zina.

Exif_JPEG_PICTUREDidier Mathy