Ceux qui s’intéressent depuis longtemps aux outils de “nouvelles technologies” le constatent d’expérience : il existe trois catégories principales de chroniqueurs/orateurs qui, évoquant précisément la même question, la présenteront d’une façon différente.

N’échappant pas à ce classement, je ne peux prétendre que les autres sont dans l’erreur. C’est pourquoi généralement je m’abstiens de commentaires… Mais on ne peut rester éternellement silencieux sur des questions dont notre avenir dépend étroitement. Mais revenons aux 3 principales catégories de “chroniqueurs”. On trouve :

  1. Ceux qui pratiquent véritablement et ont parfois des connaissances (généralement autodidactes) supérieures à celles des “pros”. N’ayant pas les contraintes économiques liées à la mise en production, ils ont pu “casser du bois” au cours de nuits d’insomnies et de jours de pluie ;
  2. Ceux qui utilisent et apprécient, au point de s’émouvoir sur la moindre nouveauté comme s’il s’agissait d’une révolution (même si cette “nouveauté” n’est que la énième occurrence d’une idée déjà ancienne !) ;
  3. Ceux qui n’y connaissent absolument rien mais ne veulent pas paraître en reste, et utilisent donc la terminologie comme les adeptes d’une secte psalmodiant sans comprendre les mantras du gourou.

Les puristes m’objecteront qu’il y a une 4e catégorie : ceux qui s’en moquent totalement et utilisent lorsqu’ils n’ont pas le choix ! Certes, mais on ne les entend jamais…

Lao Tseu l’a dit…

J’ai un profond respect pour la première catégorie (allez savoir pourquoi ;-). Les deux autres, et plus particulièrement la dernière (constituée de ceux qui n’y connaissent rien) me préoccupent un peu. Tout particulièrement en référence à la pensée orientale : “Ceux qui savent ne parlent pas, ceux qui parlent ne savent pas”. Lao Tseu l’a dit (1)… Et nous voici face à des “beaux parleurs” vantant une société nouvelle de “disruption” (“rupture”) “2.0” et “connectée”. Bien entendu, ils nous affirment, avec conviction, qu’il faut vivre avec son temps et “s’adapter”. Bien entendu, la “jeune” génération s’entiche du “tout numérique”, oubliant qu’en confiant leur vie privée aux Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft, ils sont plutôt “tout nu(s devant l’A)mérique“. Dans leur course aveugle derrière les influenceurs, en “ubérisant” la société, c’est leur avenir professionnel que la plupart d’entre eux obère !

D’hier à aujourd’hui

Combien de “progiciels” géniaux, d'”avancées technologiques” ahurissantes avons-nous connu ? J’ai arrêté de compter depuis longtemps… Lorsque je préparais le congrès 1999 du Syndicat des Notaires, j’ai rencontré nombre de jeunes pousses. Toutes démontraient, avec des arguments imparables, que leur outil allait transfigurer la profession… Si la moitié seulement avait réussi à promouvoir son idée jusqu’au bout, nous vivrions en pleine science-fiction, dans un paradis technologique ! La plupart, aujourd’hui, n’existe plus… Rendez-vous compte ! Des millions d’euros investis dont il ne reste aujourd’hui qu’une vague trace sur la “waybackmachine”. Des “années-hommes” de codage dont le résultat est un vague souvenir, parfois nostalgique…

Au top de la Techno…

Aujourd’hui, une nouvelle génération de créatifs, adossée à une nouvelle génération de financiers, reproduit le même modèle. Elle gonfle sa propre bulle. Il en est des techniques comme des réformes, on ne cesse de tout changer parce qu’il faut “faire figure d’interlocuteur moderne”. Et le mal-être gonfle lui-aussi au rythme de la bulle, rejoignant le gag récurrent des années 90 : “je suis au top de la technologie, mais l’horloge de mon magnétoscope persiste à clignoter sur 00:00“. Tôt ou tard, la bulle éclate… On nous annonce déjà l’extinction prochaine des “FINtech” (avec le rachat de Compte Nickel par une banque “brick and mortar” (2). La “LEGALtech” n’en est qu’à ses balbutiements mais fera probablement long feu à son tour, et l’imagination sans fin des jeunes ambitieux devrait continuer à pousser dans le sens de l’innovation… Rien ne les détournera de leur objectif, même pas le fait que nous puissions être les prochains AUSTRALOPItech, ou TOLtech ou encore AZtech… Que voulez vous, ils ont le melon, pour ne pas dire la PAStech, et nous, pauvres ringards, sommes tout justes bons à attendre la fin en écoutant de vieilles chansons sur notre Teppaz à la lueur des chandelles…

Aaaah ! Une après-midi digérer son BIFtech, au soleil, sur un transat (en Tech), en écoutant Moustaki grésiller “Avec ma gueule de Métech”. What else ?

Didier Mathy

1. Mais ne créait-il pas une “boucle infinie” ? En se taisant, il aurait été plus crédible. Bref, je ne vais pas -encore- vous couper la tête (cf. Tintin, le Lotus Bleu).

2. Brique et mortier, dénomination des sociétés de l’ancienne économie par rapport à la nouvelle économie du “click”…Celles qui ont su allier les deux économies sont dites “click and mortar”)