Voici quelques mois, un événement pourtant prévisible a semé l’inquiétude dans notre profession usuellement si tranquille. Et une fois encore, la masse laborieuse s’est abritée derrière le centre « de commandement » pour le laisser gérer cette crise.

Nous ne nous étendrons pas sur le fait que ce n’est en aucune manière le rôle du CSN que de « commander », ni sur l’opportunité de son action, nous reviendrons seulement sur quelques principes essentiels relatifs à la prise de décision. Lorsque le CSN, investi des pleins pouvoirs par l’inertie de ceux qui le détiennent vraiment, prend une décision, la prend-il réellement de façon adéquate ? Bien sûr, en lisant la prose de nos dirigeants, on entend tonner des « moi président » très convaincants. Mais il ne suffit pas de dire, il faut être conforme à ce que l’on a dit…

Le temps des bonnes décisions

Le mois de mai est propice à cette réflexion, car nos Chambres et Conseils Régionaux, véritables centres de pouvoir (et encore, le mot est très exagéré puisque chaque notaire reste seul maître à bord et seul responsable en qualité d’Officier Public de Plein Exercice !) vont voir leurs équipes partiellement renouvelées et pour certaines leur présidence changer de main. Les anciens présidents vont réaliser, à cet instant là, à quel point ils n’étaient que des marionnettes vaudoues incarnant la puissance de la Tour, et parés, à ce titre, de toutes les apparences d’un être d’exception… Dès le lendemain de l’élection, ils redeviendront notaires de base, autant dire presque rien ! Les nouveaux présidents vont entrer en fonction, et, dès les premiers jours, on va leur demander de décider, pour ainsi dire seuls (surtout si leur élection n’a pas nature de « nommélection », candidat libre : on ne t’aidera pas !!!) de choix qui entraîneront l’avenir de la profession.

Comment bien décider ?

Le CSN va, selon ce qui a été dit lors de la dernière assemblée générale, demander aux Présidents de Conseils Régionaux de réfléchir pendant 2 mois sur les « bonnes questions » (l’expression prête à rire !) qu’auront préparé une quarantaine de notaires « choisis », qui ont réfléchi (?) anonymement (!) sur les sujets cruciaux relatifs au notariat de demain. Traduisons : des notaires sélectionnés pour leur grande aptitude à vouloir à tout prix assurer une carrière dans les instances supérieures auront eu quelques minutes pour discuter vaguement de propositions préétablies par des permanents. On se croirait au Conseil des Ministres lors de la présentation de la loi Macron. Si j’étais président de Conseil Régional (et j’écris aussi pour me relire si je le suis un jour),  je ne prendrais pas des décisions aussi graves sans appliquer, méthodiquement, les méthodes reconnues de tous comme pertinentes :

1°) Mettre les meilleures personnes à contribution. Il peut être aisément démontré, dans le notariat, que c’est souvent la pratique inverse qui est utilisée. Si vous n’avez jamais entendu un délégué (MICEN par exemple) déclarer « lorsqu’on m’a sollicité, je me suis demandé pourquoi, car je n’y connaissais absolument rien, mais en fait c’est mieux, car ainsi je n’avais aucune idée préconçue », vous avez beaucoup de chance ! Dans une période de crise comme celle que nous traversons, ce n’est pas les plus obéissants qu’il faut consulter. Ce sont ceux qui connaissent leur sujet ! Ne me demandez pas, par exemple, de prendre une décision concernant les structures d’exercice et le notaire salarié. Je ne suis pas l’homme de la situation ! Je suis idéologiquement défavorable aux sociétés notariales et encore plus multi-professionnelles. Je considère que notaire-salarié est un oxymore qui n’aurait même jamais du exister. Je ne me suis donc jamais intéressé vraiment à ses questions. En revanche, je reste étonné de n’avoir jamais été consulté sur les sujets que j’ai la prétention de maîtriser un peu. Un président digne de ce nom fait un appel à contributions, et assume la présence de ceux qui savent, même s’il ne les apprécie pas personnellement. Sinon, c’est manifestement qu’il dissimule quelque chose qu’un « sachant » serait à même de déceler.

2°) Préciser comment la décision sera acceptée. Consulter ne veut naturellement pas dire tout accepter ! (D’aucuns disent consulter n’est pas contenter !). Le responsable restant responsable, il doit conserver la maîtrise des choix. Ce point doit être établi dès l’origine pour éviter toute confusion. Mais, et c’est toute la difficulté de la représentation par « ses pairs » tout notaire mesurera toute proposition à l’aune de sa connaissance du métier. C’est ainsi que lorsque le titulaire d’un « Tout Petit Office » s’adresse à notre Président actuel (ou à l’avant dernier), il se fait invariablement répondre « mais je suis un petit notaire ! ». C’est aussi un peu vrai. Plus petit que ceux qui sont énormes. Mais aller comparer l’office individuel à 2 salariés avec la SCP de 4 titulaires et 12 salariés, cLibre espression‘est prétendre que la gerbille est l’égale du kangourou et le chihuahua celui du  dogue allemand ! Il faut donc coordonner les avis, les mettre en perspectives et, toutes choses étant égales par ailleurs, déterminer une position médiane acceptable par tous. Mais encore faut-il, pour cela, que tous aient l’occasion d’exprimer leurs attentes ! Un exemple « tiré du réel » ? Dans les premiers jours de la crise, une consœur avait proféré dans la défunte boite à idées du portail REAL : « les anciens, on s’en fiche ; ils ont remboursé leurs emprunts ». S’en était suivi une discussion animée. Certes les « vieux » ont payé leurs emprunts, mais la valeur de leur droit de présentation constitue aussi une forme d’épargne retraite, accumulée à grand peine et qui n’a rien d’un parachute doré… Est il normal de le passer sous silence ? N’est-ce pas aussi tragique pour le notaire qui ne dispose que de quelques mois ou quelques années pour se réorganiser que de voir cet élément crucial du confort de ses vieux jours s’évaporer ? La plupart du temps, une mauvaise décision nous affectera tous, directement ou indirectement, une bonne décision limitera les conséquences dommageables pour tous. Encore faut-il pour cela que tous puissent s’exprimer et comprendre l’ensemble des paramètres du sujet. Le rôle -difficile- du responsable sera d’exiger que chacun coupe sa radio mentale en même temps que son téléphone mobile avant de commencer la discussion. Qui doit trancher ? Ceux auxquels l’autorité a été déléguée ne devront le faire que si aucune majorité claire ne s’est dégagée…Et en s’abstenant autant que faire se peut de décider pour eux-même et dans leur seul intérêt…

3°) Profiter des points de vue différents. Il arrive parfois que l’unanimité se fasse dès les premières minutes de la consultation. Le responsable, soulagé, a souvent tendance à considérer qu’il n’y a pas lieu d’entrer dans le débat, et que le sujet peut être considéré comme traité. Ce serait un tort ! Un erreur commune n’en demeure pas moins une erreur ! Il appartient donc à celui qui dirige les débats de se faire l’avocat (je sais c’est dur) du diable (doublement !) en lançant une idée divergente. Généralement, le débat s’ouvrira et s’enrichira ; une solution réellement réfléchie pourra être déterminée. L’unanimité des premiers instants, qui se fait en général sur la première question de la séance, dénote surtout la timidité des contradicteurs ou leur manque d’inspiration ou d’implication. A moins que vous n’ayez, parmi les présents, un contradicteur-né, votre débat se bornera à une validation muette de toutes les propositions, et votre groupe de réflexion tiendra plus du comité Théodule que du conseil de stratégie opérationnelle que vous aviez espéré. Ne reprochez pas à vos « élus » leur égo surdimensionné. S’il enfle au point d’occuper tout l’espace, ce n’est que parce que jamais personne n’a eu la bonne idée de tenter d’en limiter l’expansion… De la même manière qu’ils ont été élus sans risque, après une désignation par ceux qui l’avaient été avant eux, ils se croient, en toute bonne foi, omniscients et omnipotents. Nous savons bien maintenant où nous a conduits la conjonction d’un « Président normal » pour la République et de nommélus standard. Est-il raisonnable de continuer ainsi ?

Notaires, reprenez le contrôle ! Nommélus, comportez vous en représentants, vous n’êtes pas membres d’une élite ! NOTARIAT, debout ! Maintenant !!!