Passant quelques jours chez ma mère en Provence, j’ai abandonné la lecture du “Figaro” pour me plonger dans celle de “La Croix”. J’ai eu la surprise de lire sur la page “Économie”, sous le titre “Des prêts entre particuliers”, un article de Diane Bloch relatif à un site faisant le lien entre des emprunteurs potentiels et des prêteurs éventuels. Le site mentionne par ailleurs qu’il “permet de sécuriser des engagements faits en famille ou entre amis”. Voilà qui me remémore une autre histoire, celle du CNPH…

 

Pour un ancien notaire comme moi, la mention CNPH s’allume automatiquement dans le cerveau comme un vieux souvenir et, probablement, un regret, une désillusion, une incompréhension liée au nom de Me Reillier et à ses innombrables inventions dans le domaine notarial qui n’est pas réputé pour sa fantaisie. J’ai donc continué la lecture de l’article surprenant de La Croix. Le notariat, sous l’autorité du CSN, ne s’était-il pas désengagé de l’expérience CNPH pour des raisons obscures dont je ne connais pas le fin mot de l’histoire, mais qui pourraient laisser penser que l’initiative n’était pas bonne ?

 

Des prêts sur internet

Je lis : “Pour prêter en famille ou entre amis dans les meilleures conditions, la solution existe sur Internet. Sur le site FriendsClear, la transaction est contractualisée, de sorte que les deux parties se retrouvent juridiquement engagées. Il ne s’agit pas d’une simple reconnaissance de dette que l’on peut établir avec un notaire ou un avocat. La société vérifie la solvabilité du demandeur grâce à un partenariat établi avec le Crédit Agricole”. Plus loin, Jean-Christophe Capelli, le président fondateur, explique qu’il s’inscrit “dans une démarche pédagogique et responsable”. “Pas question, dit-il, de laisser croire aux utilisateurs que tout est possible sans limite et sans risque”. Le fondateur et son associé se sont vite rendus compte que nombre de demandeurs de prêts étaient des futurs chefs d’entreprises en manque de fonds pour démarrer leur projet. Ils ont donc lancé Friends ClearPro. Le projet du chef d’entreprise en devenir est présenté aux internautes qui jugent ensuite de sa pertinence. Des limites sont imposées : le montant de l’emprunt est plafonné à 15 000 € sur 15 ans avec un taux d’intérêt à 6,25 % variable et un bénéfice de 5 % pour le prêteur. Enfin Diane Bloch révèle que “deux sites Internet américains font travailler l’argent dans le même esprit que FriendsClear et atteignent des bénéfices très importants. Ainsi, le montant total mensuel de prêts de Landing Club s’élève à 7 millions de dollars”.

 

Une idée vieille de 30 ans

Est-il exagéré de prétendre, preuve à l’appui, que notre confrère Me Louis Reillier était un visionnaire et que si le notariat avait développé l’instrument lancé à l’époque, nous serions à présent totalement immergés dans l’économie des particuliers et des entreprises. Si, mais avec des si… Imaginons seulement que le CNPH, devenu partenaire d’Internet et du Crédit Agricole, existe aujourd’hui. Il serait le catalyseur d’une économie qui en a bien besoin, et il accorderait les prêts que les banques n’accordent pas si l’on en croit la presse. On a tendance à oublier l’histoire et les exemples de quelques rares personnalités qui ont voulu sortir du carcan notarial pour montrer une autre voie. En l’occurrence, bien que raisonnée et économiquement viable, elle ne correspondait pas au mode pensée de l’époque. Rendez-vous compte, il y a plus de 30 ans, quelques notaires assuraient le rôle d’intermédiaire entre les prêteurs et les emprunteurs en garantissant la bonne fin des prêts par l’intervention d’un établissement financier. C’était une idée avant-gardiste dont l’origine était basée sur un sentiment altruiste comme l’est le “micro-crédit” : permettre à ceux qui n’y ont pas accès dans le système économique classique d’emprunter en toute sécurité dans des conditions économiques viables. Un regret de plus pour le notariat : qu’il ne soit pas l’organisateur et l’animateur du marché de particulier à particulier, grâce à son savoir faire immémorial.