Il ne faut jamais avoir raison trop tôt, cela revient à avoir tort. Le problème est-il bien là ? Ne devrions-nous pas plutôt regretter qu’il puisse être trop tôt ou trop tard. Il est vrai que notre profession n’aime pas la dissonance, au point de nous demander souvent de nous taire d’une seule voix plutôt que de parler de voix multiples…

 

L’article de Jean-Marc Moreau, paru dans le dernier Notariat 2000 sous le titre « Galère royale » (n°479, page 20), mais aussi les exclamations qu’il m’arrive de plus en plus souvent d’entendre en tant que délégué T.I.C. (et donc garde-chiourme sur la R.E.AL.e, comme disent certains) me chagrinent à double titre.

 

Au premier titre parce que je constate qu’une fois encore l’expérience semble parfois tourner plus ou moins au désastre, malgré les moyens qui ont été mis en place et l’énergie que certains ont déployée pour aboutir à un résultat. Au second titre parce que ce qui se produit est essentiellement la conséquence directe de la surdité sélective chronique de nos dirigeants.

 

Bande passante

Était-il difficile de prévoir ce qui se produit aujourd’hui ? Non ! Estimer une bande passante en fonction de l’usage moyen et du nombre d’utilisateurs prévus était difficile à l’origine du développement des autoroutes de l’information, mais aujourd’hui, il semble difficile de se tromper à ce point. Sauf erreur de ma part, la bande passante du réseau (parlons plutôt de la passerelle internet) s’effondrera irrémédiablement et cet effondrement qui est déjà ressenti ne fera que s’accroître… On nous recommande de n’utiliser que des sites professionnels et d’éviter toute utilisation « futile » de la passerelle internet. Admettons. Mais dans ce cas, les sites professionnels eux-mêmes devront être très économes de notre bande passante. Or, la tendance est exactement inverse : les photographies, sons et vidéos, les outils en ligne divers se développent. Le notaire utilisateur lambda avait entendu parler « d’autoroutes », ce qui pouvait à la grande rigueur justifier un péage et on lui dit aujourd’hui qu’il doit emprunter, avec parcimonie, des « dessertes » de l’information ! Adieu la téléformation, adieu les applications mutualisées selon les principes du « client léger », c’étaient de beaux rêves…

 

La critique est facile…

Faut-il pour autant critiquer ce qui a été fait ? En tant qu’utilisateur, j’aurais tendance à dire oui, car je ne peux qu’être mécontent. Toutefois, critiquer le résultat est facile : beaucoup se lanceront sans risque dans cet exercice, mais n’est-ce pas là – pardon de la comparaison- une attitude d’avocat ? Le rôle du notaire, c’est d’anticiper et de savoir dire, au risque de fâcher, quels sont les risques de tel ou tel choix. C’est aussi prendre et vérifier préalablement toutes les informations, d’entendre et si possible d’écouter tous les avis motivés. J’ai suffisamment critiqué l’aveuglement (rappelez-vous la circulaire 15-20 !) de nos dirigeants pour ne pas y revenir aujourd’hui. J’espère simplement que ceux qui doivent gérer notre quotidien prêteront plus d’attention aux cris d’alarme étayés qu’aux flagorneries de cour et aux approbations systématiques des ambitieux. J’espère également que les notaires, dans leur ensemble, cesseront d’attendre des miracles du CSN ou de l’ADSN car, même si leur concrétisation dépend en grande partie de leur bonne volonté, tout projet sera gravement compromis en l’absence de ce qui, à mes yeux, caractérise la confraternité : l’aptitude, dans la diversité, à regarder ensemble dans la même direction. Quant à moi, j’ai tout faux : domicilié dans une commune qui ne connaîtra jamais l’ADSL et membre d’une profession qui m’impose un réseau sérieux, mais lent… Bah, allez, comme disait Coluche, « c’est pas plus mal que si c’était pire ! ».