Marianne, notre jeune notaire assistant, tombe décidément de Charybde en Scylla ! Dans notre dernier numéro (1), elle se plaignait déjà de n’être qu’une secrétaire améliorée. Aujourd’hui, elle s’aperçoit également que la mission de service public du notariat peut atteindre des proportions exagérément humanistes… allant jusqu’au bénévolat !

 

Ces derniers temps, j’ai remarqué que le notaire accepte de plus en plus de se substituer à ses clients dans les démarches que ces derniers doivent accomplir. Par exemple, s’il me semble normal de gérer le déblocage des prêts hypothécaires, je trouve plus surprenant de devoir m’occuper de celui des prêts sous-seing privé, voire des apports personnels des clients ! Il m’est même arrivé de me déplacer personnellement auprès de l’établissement de crédit pour récupérer le chèque de banque de l’acquéreur…

De même, pour satisfaire « mes » clients, je suis souvent amenée à fixer des rendez-vous le soir, entre midi et deux, voire le samedi. Ils ont généralement un solide argument : « Vous comprenez, je travaille MOI  » me disent-ils. C’est vrai que moi, en revanche, « j’enfile des perles »… Et s’ils ne peuvent vraiment pas se déplacer, je me fends de jolies procurations sous seing privé !

Un autre comportement étrange des usagers du service public notarial m’a récemment émue : une dame s’est adressée à l’accueil de l’étude, pour nous demander de faire des copies de documents à l’attention de son avocat (pour un dossier qui n’est pas ouvert à l’étude). Elle a terminé par la requête suivante : « Vous ne pourriez pas tout mettre dans une enveloppe, avec un timbre ? ». Mais bien sûr Madame…

Certes, il est injuste de ma part de m’acharner sur les particuliers. Certains professionnels ne sont pas en reste : combien de fois les agents immobiliers ne m’ont-ils pas demandé de purger le droit de rétractation pour un compromis rédigé par eux…

Allons, allons, voyons le bon côté des choses : le notariat est sur la bonne voie pour élargir son domaine de compétence. À ce sujet, je peux même faire deux propositions : que chaque étude ouvre un service « psychologie » et une permanence téléphonique « SOS amitié » !

1 – Notariat 2000 n°513, p.9. « Ne dites pas à ma mère que j’ai un poste de secrétaire, elle me croit notaire assistant ».