“A Landscape of Lies” (1) (traduisez “Un paysage de mensonges”), c’est le titre retenu par un groupe de fraudeurs anglais pour maquiller une fraude fiscale aux aides cinématographiques. Un titre plein de bon sens, qui trouve trop souvent à s’appliquer aux différentes situations dans lesquelles interviennent aides, déductions ou subventions…

On distingue trois types de projets aidés ou subventionnés :

– Le projet “véritable” qui apporte une profonde amélioration de la situation et bénéficie en retour d’un appui. Dans le notariat, on dit généralement “un élan” (faites bien la liaison surtout !).
– Le projet fictif, destiné uniquement à éponger une somme d’argent disponible pour en faire un usage discutable. On trouvera ici, pêle-mêle, les ponts qui ne mènent nulle part, les œuvres d’art qui sommeillent dans des hangars, le kérosène brûlé en fin d’année pour assurer la dotation… Dans le notariat, on pourrait dire “un é an” (2) (faites bien la liaison aussi !). Les plus anciens d’entre nous en ont connu beaucoup, je n’en citerai donc pas.

– Le projet “encombrant”. C’est ce dernier type de projet que le notariat persiste à investir le plus souvent.

Un élan… vers l’avenir

Au départ, reconnaissons-le, le projet “encombrant” s’appuie sur une très bonne idée, au moins en apparence. On distingue très clairement l’objectif, on en énumère les moyens, on apprécie les perspectives. L’idée séduit “la bestiole déjà nommée” et c’est le grand bond vers l’avenir… Mais, lorsqu’après réalisation, on regarde un peu en arrière, on constate que le bond nous a généralement conduits au point de départ. Et ce, après avoir éclusé une quantité non négligeable de temps et d’argent. Certes, les sous proviennent de la “dotation bête-à-corne”, ce qui ne m’autorise pas à qualifier la chose de “bond du Trésor” (même si la tentation est forte !), mais cette magnifique opération, tellement enthousiasmante, a débouché généralement sur… rien (3). Et c’est là, sans aucun doute, que le notariat révèle toute sa force et sa grandeur : même quand rien n’a eu lieu, ce “rien” reste gravé dans les mémoires comme une réussite, mieux encore, comme un événement d’importance universelle que les autres professionnels nous envient et qui nous permet de faire figure…

Et si…

La “bestiole” est un peu sourde, sans doute un effet indirect du poids de ses bois. Autrement, elle aurait depuis longtemps remarqué que le notariat mesure la réussite d’une opération au montant des dépenses effectuées et non à l’aune des résultats obtenus…
Si on changeait de mode d’évaluation, on dépenserait peut-être moins, pour des actions plus utiles et des résultats plus tangibles.
Si on aidait, a posteriori, les porteurs d’idées à les faire grandir pour le bien de tous, plutôt que de payer pour la réalisation forcée (budget annuel) de projets très encadrés, départementaux, régionaux, nationaux…
Si on évitait de gaspiller, surtout en cette période de crise, de l’argent pour des projets tout aussi grandioses qu’illusoires…
Si on décidait de subventionner le matériel quand il ne coûte pas grand-chose, à condition d’acheter groupés et si on zappait lorsqu’il est rare et aussi utile qu’onéreux…
Si on cessait, en un mot, de gaspiller ?
Avec des si, “on mettrait Paris en bouteille”, dites-vous ? Non, confrères, en l’occurrence et avec ces “si”, mon intention serait plutôt de “mettre en boîte”, mais je ne vous parle pas que de Paris ! Du reste, parlé-je de Paris ?

1. Le titre initial du film était “A Landscape of Lives” (“Un paysage de vies”). Est-ce un lapsus révélateur qui a conduit les magouilleurs à perdre le “V” de “lives” ? Qui peut le dire…
2. L’un des singes chinois du mois dernier (N2000 n°527, page 20) me fait judicieusement remarquer “et pourtant ceux qui le mettent en œuvre ne manquent pas d’ “L”.
3. Seule “l’opération télécopieurs” a été un franc succès. Mais depuis ?! En quoi les opérations nationales ont-elles amélioré notre vie ?