Un de nos fidèles lecteurs nous a livré ses impressions à l’issue du congrès du Syndicat. Nous publions son texte ci-dessous.

“Il y a des jours où je me sens heureux d’être notaire : confraternité, métier passion, clients satisfaits, unité professionnelle, solidarité… Autant de qualificatifs qui participent largement à ma joie. Il y a d’autres fois où cette même fonction m’emplit de tristesse : nez dans le guidon, clients pénibles, conservatisme, médiocrité des ambitions, absence d’esprit de synthèse, manque de vision… Hélas, la liste n’est pas limitative. Saurai-je expliquer pourquoi ces deux sentiments se sont mêlés dans mon esprit lors du congrès du Syndicat national des notaires, tenu sur le “Costa Luminosa” du 19 au 23 septembre 2013 ?

Le système toujours en cause

Joie, bien sûr, de retrouver des amis, de partager des instants avec des gens agréables et souvent drôles, mais tristesse aussi, tant les discours sur “la gouvernance” de la profession m’ont paru dépassés, égocentriques, voire à la limite du pitoyable. Y a-t-il un pouvoir dans la profession ? OUI, du moins est-ce la seule certitude acquise au cours de ces journées tant chacun s’est employé à rechercher la raison pour laquelle il ne l’avait jamais atteint et par quelle réforme structurelle il lui serait plus facile de s’en emparer. J’ai eu parfois le sentiment d’assister à une thérapie de groupe pour soigner les intervenants de leur frustration de n’être pas encore président du CSN. Car, bien sûr, tout vient du système qui doit être réformé. A aucun moment, la compétence n’est évoquée comme un moyen de gravir les échelons de la hiérarchie. J’ai même pu craindre, un instant, que l’on décide à 40 personnes, au nom de la démocratie, de l’avenir de milliers de gens non présents, ni consultés.

Notaire salarié

Je ne dois pas non plus oublier le notaire salarié, ce “prolétaire de la profession”, cette “sous-caste”, ce “raté” qui, par son nombre, pourrait mettre en péril le patronat ! Je pensais jusqu’alors que ce nouveau type de notaire avait facilité à beaucoup l’accès à la profession, certains ayant ainsi leur bâton de maréchal (et donc aucune envie de prendre le pouvoir), et d’autres étant en attente de devenir titulaires. Quel intérêt tous ces gens, brillants, formés comme les “vrais notaires”, égaux aux “vrais notaires”, auraient-ils à saborder la profession qui les fait vivre ? Que tout ceci m’a paru corporatiste, loin des soucis de nos clients pour lesquels aucune suggestion d’amélioration de la gouvernance dans leur intérêt n’a été évoquée.

L’imagination au pouvoir

Mais ce qui m’inquiète par-dessus tout, c’est l’absence d’idées qui gagne la profession tout entière et pas seulement le Syndicat. On sent, comme en politique, une soumission à des forces plus ou moins secrètes, éteignoirs d’imagination, contraignant les responsables à une gestion au quotidien, sans vision d’ensemble sur la manière de réformer la société. Quelle est la place et l’utilité du notariat dans le monde économique et comment l’améliorer ? Le fait que nous fassions notre métier avec conscience, voire avec passion, ne suffit pas  à régler les problèmes, ni surtout à faire de nous des “intouchables”. Où est notre place dans ce combat meurtrier entre deux droits antagonistes ? Quelle réforme de la gouvernance pourrait renforcer notre rôle en Europe ? Comment nous structurer et agir pour promouvoir la supériorité de l’authenticité ? Hors sujet dites-vous ? En êtes-vous si sûrs ? Gouverner c’est prévoir et c’est, me semble-t-il, aux forces vives et libres de la profession d’imaginer et d’anticiper.

Les vertus de “l’incomplétude”

J’espère ne blesser personne par ce billet d’humeur, surtout pas les intervenants au Congrès au cours duquel j’ai apprécié le travail effectué. Mon agacement va bien au-delà du cadre de cette réunion. Déception et tristesse donc, mais aussi espoir puisque tout reste à faire. “En tout c’est “l’incomplétude” qui est le plus désirable… Dans les bâtiments anciens, on laissait toujours une pièce inachevée… nécessairement !” (un auteur Chinois).
Halami Néraud