La rumeur bruissait déjà des dernières heures d’Unofi et de son bouillonnant patron Claude Mineraud. Un pas de plus se franchit, difficilement, avec le départ du « chef » qui a démissionné le 9 avril dernier, après avoir claqué la porte sur des propos de tribun qui feront date. Retour sur une personnalité qui ne laissait personne indifférent.

 

Personnage haut en couleur, Claude Mineraud a influencé les destinées notariales 40 années durant, avec ses heures glorieuses et ses aspects plus sombres. Dès les années 60, en courtier avisé, il prend en main le dossier complexe des assurances notariales. Intelligent, charismatique et fin psychologue, il pénètre rapidement le monde feutré et secret des notaires, s’attache à comprendre leurs difficultés et à en résoudre quelques-unes. Du haut en bas de l’échelle, mais de préférence en haut, tout en haut, Claude Mineraud avance à travers les arcanes. Présent et efficace, il se taille une zone d’influence incomparable, qu’il sait renouveler avec chaque nouveau président et bureau, tant à Paris qu’en régions. Il est partout, toujours là où il faut quand il faut. Chemin faisant, il rend à la profession et à ses responsables des services circonstanciés, reconnus et multiples. De cette première période, le notariat peut lui rendre un hommage mérité.

 

INP contre Unofi

Viennent les années charnières de la décennie 80 où il sait s’imposer dans l’augmentation de capital d’Unofi, née dans le « laboratoire d’idées Reillier » de Notariat Services à Pompadour (Corrèze). Claude Mineraud s’implique personnellement et financièrement, entraîne le CSN avec une étonnante, mais constante force de persuasion. Il évince brutalement son créateur, Pierre Duny et prend le contrôle d’Unofi, sous le regard bienveillant des notaires acquis à son savoir-faire. L’enjeu de l’organisation patrimoniale se présente. À travers Unofi, Claude Mineraud tient absolument à en assurer le contrôle, c’est-à-dire le pouvoir, sans partage ! C’est la période où les présidents Limon et Lièvre tentent de suivre la joute épique. D’un côté, Jacques Battut, le président du nouvel institut du patrimoine INP, prétend traiter la question dans les études sous la direction des notaires et propose dans ce but, avec l’aide du Doyen Jean Aulagnier, un enseignement orienté « pratique », avec 3 modules de 3 jours chacun (près de 4 000 notaires et collaborateurs le suivront). De l’autre côté, Claude Mineraud tente d’accaparer cette prometteuse activité dans les directions régionales d’Unofi d’où une armée de jeunes et ambitieux agents rayonne dans les études. Entre les deux, le président Limon qui avait saisi l’importance du débat, enlève difficilement le vote de l’Assemblée générale du CSN, donnant à l’INP sa charte pour autoriser mais aussi encadrer l’activité. Le président Lièvre, devant l’âpreté des positions et les coups de butoirs tous azimuts de M.Mineraud, toujours présent, a voulu comprendre au cours d’une réunion où les deux équipes ont largement débattu. Sans vainqueur ! L’un tenait à la réelle direction notariale, ce qui passait évidemment par une intense formation ; l’autre voulait que tout passe par et chez Unofi, « le notaire couvrant de son sceau ». Si l’expérience avait pu se poursuivre, le notariat y aurait sans doute gagné son installation sur ce marché d’une incomparable importance pour garder les familles et leurs successions. L’arrêt brutal de cette formation, unanimement reconnue, a de facto laissé le champ libre à Unofi, alias Mineraud, pour finalement enrichir nos nombreux et avides concurrents. Une solution médiane aurait été possible et, sans doute, souhaitable. Jouant d’une complémentarité entre les deux thèses, l’INP aurait poursuivi son œuvre formatrice et surveillé la bonne application de la charte, dans le but ultime de permettre le traitement de notaires et collaborateurs spécialisés. Unofi aurait drainé et satisfait tous les offices qui n’auraient pas voulu se former et s’équiper. L’intransigeance réciproque a eu raison de l’évidente bonne volonté de nos chefs qui n’ont pu se résoudre à imposer une solution. Elle était certes difficile, mais aurait préservé l’activité naissante. On voit aujourd’hui le résultat excluant le notaire de ce circuit patrimonial.

 

Plus royaliste que le roi

Son dernier combat notarial, Claude Mineraud l’a livré face à nos chefs. Il a été, nous dit-on, offensif et a tenu le discours de celui qu’il aurait aimé devenir : le calife suprême, notaire bien sûr. Car ce personnage hors du commun a construit toute son immense ambition autour, pour et dans le notariat. Plus royaliste que le roi, sa féroce énergie, servie par une implacable soif de pouvoir, a été toute entière déployée à la plus grande gloire de notre profession. C’est précisément ce qui explique sa « sortie ». En raccourci, il s’est appuyé sur nos valeurs qu’il fait d’ailleurs totalement siennes, au premier rang desquelles la défense « tous terrains » de l’authenticité et notre position d’officier public. Il a alors reproché à son auditoire, un peu interloqué, de n’avoir pas su défendre l’acte notarié en laissant s’installer l’acte d’avocat. C’est dans la grogne et la fougue d’un refus très gaullien qu’il a quitté, non sans panache, la scène notariale. Sans doute pourrait-on lui opposer plus calmement la fameuse répartie de Talleyrand : « Tout ce qui est excessif est insignifiant… ». Claude Mineraud a pleinement épousé le notariat pour le meilleur et pour le pire. Il lui a tout donné et en a tout reçu en retour, mais aussi, hélas, dans la dernière décennie surtout, il a entraîné la profession toujours plus en avant sur des chemins de plus en plus périlleux. Mnémosyne en fut le dernier soubresaut ! Une des facettes de cet étonnant personnage ne saurait être retenue ou oubliée au profit de l’autre. Le tout dans une passion dévorante du pouvoir. L’Histoire, la nôtre, saura-t-elle retenir cette leçon ? L’ego d’un homme saurait-il, à lui tout seul, servir de providence ?