Vous souvenez-vous de votre prestation de serment ? La mienne s’est déroulée dans un tourbillon. J’avais pourtant appris, par cœur, la formule magique : “Je jure de loyalement remplir mes fonctions…”. Mais le président du TGI l’a lue pour moi. Quant au Procureur, il a tenu des propos lisses comme du Formica, avec un petit aparté sur l’article 4. J’étais prévenu, mais, dès lors, plus tout à fait en examen… Quelques années plus tard, j’ai retrouvé mon carnet de bord retraçant mes premiers pas. Extraits.
 

6 septembre

10H12 : J’ai réussi !

Ça y est ! J’ai prêté serment. Voici enfin l’aboutissement d’un incroyable parcours qui, par ses formalités et ses pesanteurs, aurait sans doute dissuadé tout autre professionnel libéral de s’installer ! Le “Guide du futur notaire” était devenu mon livre de chevet. Cela m’a permis d’apprécier combien les règles “labellisées CSN” devaient être tempérées, à l’aune des exigences particulières de la chambre, du conseil régional, de la commission “machin-truc” ou du procureur général… Malgré tout, je suis enfin arrivé au but !!!

 

15 h00 : Je me trouve, véritablement, “en charge” pour le meilleur et pour le pire.

Après avoir récupéré, au Greffe, le PV de ma prestation de serment pour le déblocage du prêt CDC, j’ai participé, un peu intrigué, à l’arrêté de comptes avec le représentant de la chambre, le comptable… La machine, bien huilée, a semblé, un instant, s’emballer vu la fébrilité des acteurs, tout juste atténuée par un professionnalisme apparent. Et puis, tout s’est apaisé. Aussi incroyable que cela puisse paraître, je ne suis pas certain d’avoir parfaitement saisi tout ce que j’ai signé. Mais qu’importe.

 

16h00 : Enfin chez moi !

Sous le regard interrogateur du “nouveau monde” qui m’entoure… je fais mes premiers pas dans “mon” étude (individuelle). Mon équipe a une longueur d’avance sur moi, car elle jouit du privilège de l’antériorité. Je connais le contrat de travail de chacun et les dispositions de l’article 1224-1 du Code du travail. Face à moi, il y a une compétence, une nature particulière, une attente… et des droits acquis. Ma priorité, c’est de m’entretenir avec chacun. Mes collaborateurs doivent être mes “meilleurs vendeurs”. Chaque matin, je les réunirai pour mesurer les objectifs et faire circuler les messages. Lorsque l’étude sera en régime de croisière et que j’aurai mérité les galons de commandant de bord, je dirigerai le navire vers le rivage de la DQN. Ce sera ma première escale. Je me donne 6 mois, au plus, pour mettre le cap.

 

7 septembre, dès 8h00…

Je dois informer “mes clients” que je suis là ! “Le faire-part est un usage bien établi dans toutes les compagnies” précise le guide. C’est un peu court, d’autant que la publicité personnelle reste interdite ! Je pars du principe qu’”est cliente, toute personne, non assistée d’un confrère, qui a sollicité et obtenu, une prestation de service de l’étude”. Pour me faciliter la tâche, la chambre m’autorise à faire paraître un avis d’installation dans la presse locale. La mesure est sympathique et c’est une manière “soft” d’informer de mon arrivée. Mais, je ne me priverai pas d’envoyer le précieux “faire-part” aux personnes suggérées par mon cédant. D’autant que l’imprimeur institutionnel s’est montré généreux sur la quantité ! Mon prédécesseur a, en outre, organisé quelques rendez-vous, avec certains clients qui lui sont attachés. Mon agenda devrait être “surbooké” pendant quelques temps. De nombreux clients vont sûrement solliciter “un petit renseignement” pour savoir à quoi je ressemble, si j’ai un bon feeling… Une sorte de période d’essai va s’instaurer : espérons que “ça passera” et que “ça ne cassera pas” !

Il me faut aussi penser à mes “chers confrères”. La Chambre les a avisé de ma prestation de serment, par un mail envoyé le jour même. Le guide précise que le notaire “est seul juge de ce qui lui semble utile de faire”, mais recommande néanmoins “de faire une visite à ses confrères voisins”. J’ai pris rendez-vous chez l’ensemble des confrères de ma ville. J’ai presque fait mon tour de piste…

J’attaque mon beau métier avec enthousiasme. Je sais que je suis convoité et que j’ai de la chance d’entrer dans la danse, au bon moment, au bon endroit. Je me promets de ne pas faire valser les dossiers ni les clients. Je tenterai d’éviter de marcher sur les plates bandes des autres. Je me lance dans la grande farandole de la vie. A nous deux, l’étude ! C’est parti !