Me Goulven Corlay, notaire à Lesneven, a souhaité réagir aux articles de Célestin Spirée (“Le terreau de la révolution”) et à celui de Marianne (“Le blues du notaire assistant”) publiés dans Notariat 2000 d’avril (n°519). Extraits.
 
“Mes chers confrères, je me permets de réagir à vos articles avec lesquels je ne peux pas être d’accord.

 

• Célestin Spirée : (…) Vous écrivez que la rémunération des notaires assistants “n’est pas en adéquation avec leur niveau d’études”. Le raccourci sur la rémunération des ingénieurs (à ce propos, c’est Bac + 5 ou 6) paraît simpliste car il n’y a pas grand-chose de commun entre celle d’un ingénieur fraîchement émoulu de Central ou Supélec et celle d’un jeune diplômé de l’école supérieure d’ingénieurs polyvalents de Montaigu La Brisette. Il n’y a pas grand-chose de commun non plus entre la difficulté et la sélectivité du concours de l’X et l’accès aux fonctions de notaire. Le coût annuel, toutes charges comprises, d’un notaire assistant frise les 50 000 € : il n’est pas donné à toutes les études de pouvoir s’offrir ce “luxe” ! En ce qui concerne les conditions de travail “qui se dégradent”, faut-il comprendre, en résumé, que les notaires assistants veulent être payés grassement, ne pas être embêtés par les clients et faire ce qui les intéressent ? Vous écrivez également que “l’installation devient un mythe”. La profession forme grosso-modo chaque année de quoi remplacer 10 % des notaires en exercice. Il est évident pour qui veut bien ouvrir les yeux qu’il n’y a pas de place pour tout le monde. Je passe, bien entendu, sur tous ceux qui ne veulent pas s’installer à la campagne, dans telle ou telle région, etc. À ma connaissance, tous les offices créés mis au concours, n’ont pas été pourvus. Comme vous l’avez dit vous-même, “je veux tout, tout de suite” devient également la norme chez les diplômés notaires.

 

• Marianne, si vous me permettez de parler d’un cas que je connais bien (le mien  !), je vous dirai que je suis diplômé d’une école de commerce en plus de mes années de droit et de mon diplôme de notaire, obtenu en 1990, que je me suis installé en 1997, sans apport personnel et sans parent notaire. Je connais également des notaires dont le projet a été “retoqué”, à ceci près que les chambres concernées ont contraint les cédants à revoir leurs prix à la baisse, qu’il m’a été donné d’inspecter des offices créés dont les titulaires s’en sortent très bien et que je ne vois pas ce qu’il y a de déshonorant à commencer comme notaire salarié. Je crains également que vous ne vous fassiez des illusions sur les salaires d’embauche de futurs cadres de banques ou des assurances ou sur ceux des autres professions recrutant après un master 2. Je m’étonne également que le notariat soit la seule profession qui ait le devoir d’adapter ’l’offre d’emploi’ au nombre de personnes qui ont librement choisi de suivre une formation de notaire. Nombre de personnes que, de surcroît, la profession ne maîtrise en aucune manière. Est-ce que tous les premiers prix du conservatoire connaissent une réussite professionnelle ? N’en faites pas trop, non plus, sur “les longues années de lutte” : en principe, les étudiants en droit survivent sans trop de séquelles à leurs années de fac et la plupart en gardent un excellent souvenir !”