Dans l’imagerie populaire, on est notaire de père en fils, et notre profession est protégée par le fameux numerus clausus. Est-ce une fable ou cela reflète- t-il une certaine réalité ?

 

Si l’on regarde l’évolution de la profession, des professions concurrentes, et des besoins juridiques, nous faisons plutôt pâle figure : que pèsent 8.000 notaires face à 50.000 avocats, plutôt offensifs ? On nous avait promis que nous serions 10000 en l’an 2000 (par génération auto-spontanée ?), mais l’effet d’annonce passé, rien n’a bougé. Lorsqu’on l’interroge, la profession répond qu’elle est ” ouverte ” à tous les candidats, même peu argentés, qu’il leur est possible d’obtenir des prêts de la CDC à taux préférentiel, et qu’un organisme de caution est là pour faciliter leur financement. Pourtant, nombre de jeunes diplômés notaires peinent à trouver une ” installation “. Est-ce parce que le travail manque et que ” les affaires vont mal ” ? Difficile à soutenir quand nous croulons sous le travail et que nos résultats font des envieux. Commence alors pour nombre de jeunes une marche initiatique.

 

Information

Tout d’abord, pour dénicher une étude, il faut l’information. Premier moyen : ” les relations “. C’est souvent efficace, mais encore faut-il en avoir… Second moyen : regarder en tête de tableau et contacter les notaires un à un. C’est rarement payant, et la méthode n’est pas forcément agréable, ni pour l’ancien, ni pour le jeune. De plus, il est fréquent que le cédant ait déjà son ” poulain “, quelquefois de longue date. Troisième moyen : les Chambres (mais elles ne sont pas toujours informées), les petites annonces, voire les cabinets spécialisés. Mais les offices à céder ne sont pas forcément légion, et un nouveau rite s’instaure : APPORT MINIMUM x K€. Certains candidats entrent d’ailleurs dans le jeu, en faisant eux-mêmes publier des annonces du style DISPONIBLE : x K€. Cela doit, sans doute, être un critère de sélection très important, car nos instances veillent à l’existence de fonds personnels de 20%, voire davantage, ce qui représente une somme rondelette, même en économisant parcimonieusement. Et les choses ne sont pas près de s’arranger avec l’envolée des prix de l’immobilier et donc des résultats des offices !

 

Sélection au mérite ?

C’est ainsi que nombre de candidats sont ” ajournés “, faute de disposer d’une ” fortune ” personnelle, ce qui ne ressemble pas à une sélection au mérite. Les choses sont d’autant plus étonnantes lorsqu’il s’agit du choix d’un futur associé, mais peut-être que le fait de disposer de capitaux importants comporte des qualités substantielles… Tout espoir n’est toutefois pas perdu pour ceux qui ne réussiraient pas à franchir ces barrières.

Il leur reste la possibilité :

> de devenir notaire salarié, mais cela n’est pas forcément passionnant sur le long terme.

> de s’associer, avec peu ou pas de capitaux, mais un apport en industrie. Combien de notaires en activité sont prêts à jouer le jeu ? Souvent, ils préfèrent rester ” seuls maîtres à bord “, même si l’office dépasse une certaine importance, s’ils ne peuvent tout voir et si les actes sont reçus par les clercs. De plus, les SCP, formes d’exercice majoritairement utilisées dans la profession, ne sont sans doute pas la panacée.

> de se replier sur un petit office rural, la demande étant moins forte, malgré les difficultés (vie familiale, surcharge de travail, manque de rentabilité…). Il serait d’ailleurs intéressant de disposer de chiffres en matière de rentabilité, autres que de ” moyennes ” tous offices confondus…

Et, en désespoir de cause, ou faute d’objectif de carrière, il leur restera à quitter la profession, et grossir le rang de nos concurrents. Sommes-nous donc une profession ” fermée “, ou simplement ” difficile d’accès ” ? Il existerait pourtant une solution afin de sortir de ce cercle vicieux en permettant l’augmentation du nombre de notaires par incorporation de jeunes disposant d’autres mérites que leurs finances. Il suffirait d’avoir une volonté politique ambitieuse de créations d’office, autrement qu’à dose homéopathique. À quand un véritable ” plan créations ” ? Cela ne dépend que de nous.