J’ai fait un rêve…

 

J’assistais à un congrès national. La séance solennelle d’ouverture était programmée à 10 h le matin. Je pensais qu’en me présentant à l’entrée à 9 h, j’aurais largement le temps de m’installer à une place confortable, au premier rang utile pour un notaire de base, c’est-à-dire au 30 ou 35e rang, derrière ceux réservés aux huiles de la profession et aux invités. Après avoir fait vérifier mon badge aux agents de sécurité, je m’avançais dans un long couloir bordé d’échoppes diverses, semblables à celles d’un souk extrême-oriental. On n’y vendait pas des tapis, mais on y distribuait des gadgets, des brochures, voire des toasts avec quelques coupes de champagne. J’étais abordé par différentes structures notariales : l’institut pour la sécurité du notariat, le conseil régional des « cyclonoteurs », la caisse de retraite des anciens présidents, l’association pour le développement de l’interprofessionnalité, le groupe d’histoire de la cléricature, la conférence des femmes notaires de moins de trente ans, le comité d’accessibilité aux hautes fonctions professionnelles (CAAHFP), le syndicat des créateurs d’office nécessiteux, la chambre de la démarche anticonformiste du notariat… J’avançais à grand peine, j’étais happé à chaque pas par les tenanciers des « boutiquous », qui vantaient leurs marchandises à qui mieux mieux. J’avais fini par leur échapper, mais je tombais immédiatement entre les mains des généalogistes, des vendeurs de matériels informatiques et logiciels, qui me fournissaient un caddie pour transporter les nombreux cadeaux dont j’étais couvert. Je tombais ensuite entre les griffes des associations caritatives (mais que venaient-elles faire dans cette galère ?). Toutes les maladies y passaient. Toutes les corporations avaient leur cagibi : des corréziens nécessiteux aux parisiens sourds et muets. Je notais toutefois l’absence des raëliens et des témoins de Jéhovah. J’échappais enfin, dans la dernière ligne droite, aux banques et établissements financiers. En faisant semblant d’obliquer vers la caisse des dépôts agricoles, je passais en courant devant le crédit financier. J’arrivais enfin à la salle de conférence. La séance d’ouverture s’achevait, mon parcours du combattant avait trop duré.

 

Et puis je me suis réveillé…