Ami lecteur, jeune confrère, si tu viens juste de prêter serment, cette lettre ouverte t’est adressée…
« Mon cher jeune confrère,
Tu viens d’arriver dans la profession et je t’en félicite.
Pour toi, comme pour tes confrères, la tâche n’a pas été facile. Après avoir obtenu brillamment tes diplômes, tu as dû te battre pour trouver la place que tu occupes désormais. Sous les fourches caudines de certains confrères cédants, parfois tu as même dû passer…
Ta nomination a été un véritable parcours du combattant, mais ni ta foi en la profession, ni ton « capital patience » n’ont été entamés (ce genre d’imbroglio juridico-administratif, tu le sais, sera désormais ton quotidien (1)).
Dès demain, ton métier va être riche de rencontres. Tes clients seront des gens humbles ou brillants qui placeront toute leur confiance en toi. Tu ressentiras alors la joie et la fierté d’avoir terminé un dossier complexe ou résolu un problème qui semblait inextricable. Tu auras la responsabilité d’orienter, de guider, de conseiller, d’assurer grâce à l’authenticité les conventions entre les parties, mais tu auras la satisfaction de la tâche bien accomplie, du bel ouvrage juridique. Servir sera désormais ton leitmotiv.
Rapidement, tu rencontreras d’autres confrères. Tu t’apercevras vite que certains sont moins « frères » que d’autres. Ne fais pas comme eux ! Ne travaille pas que pour l’argent ou les honneurs. Au contraire, fais tien le mot « confraternité ». Tu verras, la solidarité, même si elle te semble parfois pesante, n’est pas un vain mot dans la profession. C’est une force incroyable. Tout au long de ta carrière, tu pourras compter sur l’aide bienveillante de certains de tes confrères, tu seras heureux lorsqu’ils solliciteront tes compétences sur un dossier. Tu comprendras alors ce que cela veut dire de travailler ensemble pour le contrat, et non chacun pour son client.
Un jour, tu entendras parler des organismes volontaires de la profession. Tu découvriras le Mouvement Jeune Notariat, le Syndicat des notaires ou encore l’Assemblée de Liaison… Quelques vieux confrères te diront alors que ces organismes n’ont en réalité aucun véritable pouvoir. D’autres t’expliqueront que ceux qui ont le « véritable pouvoir » ne sont pas toujours enclins à écouter ton point de vue. Tu t’apercevras que ce n’est pas complètement faux. Retiens toutefois que ce sont aussi des espaces de liberté qui ont besoin de forces vives et de personnes comme toi pour changer le monde. Tu constateras alors que tes confrères ne sont pas tous des moutons de Panurge, qu’il y en a quelques-uns qui osent encore s’indigner et exprimer leurs idées (même dissidentes). Tu verras qu’il existe des femmes et des hommes libres dont certains écrivent dans cette revue. Si tu sens un tant soit peu que tu leur ressembles, alors rejoins-les sans tarder. Si tu es ce confrère, alors je me réjouirai de te considérer comme mon frère… »

1- J’en veux pour preuve la récente note reçue de la CRN à laquelle, après trois lectures, je n’ai encore rien compris.