Avec son film à thèse “Mar Adentro”, le jeune cinéaste espagnol Alejandro Amenabar relance le débat sur l’euthanasie à partir d’une histoire vraie, celle de Ramon Sampedro. Un bouleversant plaidoyer pour la vie.

 

Au départ, un terrible fait divers. Celui d’un jeune pêcheur espagnol, Ramon Sampedro, qui, à 25 ans, devient tétraplégique suite à un terrible accident. Enfermé dans son propre corps, cloué sur son lit, inerte et toujours assisté, il décide de mettre fin à ses jours. Ne pouvant se donner lui-même la mort, il entame une procédure judiciaire devant la justice espagnole. Pendant 30 ans, il n’aura qu’un désir : en finir avec une vie qui n’en est plus une, sans compromettre ses proches par un acte d’euthanasie. Ramon Sampedro est mort en 1998 en absorbant un verre de cyanure, laissant derrière lui deux livres (écrits avec la bouche) et le souvenir d’un procès médiatisé. En reprenant l’histoire de Ramon Sampedro, Alejandro Amenabar signe un bouleversant plaidoyer pour le droit de mourir dans la dignité. Dans le film, l’acteur Javier Bardem interprète avec sobriété et dignité le rôle de cet homme qui n’aura de cesse de se battre pour le choix de sa propre mort. Plus cet homme évoque sa mort et la volonté d’en finir et plus on se sent vivant.

 

Contraste et controverse en Europe Seuls les Pays-Bas en 2001 et la Belgique en 2002 ont dépénalisé l’euthanasie et autorisé, sous conditions, la mort volontaire assistée par un médecin. En Grande-Bretagne, un projet de loi très controversé, en cours de discussion au Parlement, prévoit qu’une personne en fin de vie pourra refuser la prolongation des soins en cas de maladie incurable, mais ce texte propose également que toute personne puisse à l’avance émettre des voeux pour sa fin de vie. En Allemagne, en Belgique et en Espagne, les patients peuvent prendre des dispositions devant notaire pour donner leurs instructions au médecin sur les conduites de limitation ou d’arrêt de traitement qu’ils souhaitent voir suivre au moment de la fin de leur vie, dans le cas où ils seraient incapables de s’exprimer.

 

Reconnaître la volonté du malade En France, après l’affaire Humbert qui a ravivé le débat, le Sénat vient d’entériner le 13 avril dernier la proposition de loi relative aux droits des malades et à la fin de vie qui clarifie la procédure d’arrêt des traitements pour les patients en fin de vie, mais sans toutefois légaliser l’euthanasie, et qui reconnaît les directives anticipées. L’idée du testament de vie notarié, proposée par le Mouvement Jeune Notariat, sera t-elle reprise par le décret d’application ? La sécurité de l’acte authentique serait pourtant une garantie dans l’expression de cette ultime liberté.