Lorsqu’on devient notaire, il y a un petit rituel d’entrée dans la profession, d’abord devant le Tribunal de Grande Instance (même si c’est parfois entre deux délinquants) et, ensuite, devant l’assemblée de la compagnie. Rien à voir avec un baptême ! À l’heure où le baptême “républicain” est particulièrement en vogue, pourquoi ne pas imaginer un baptême… notarial ?

 

Je vous rassure tout de suite : il ne s’agit pas d’immerger nos nouveaux confrères, ni même de les asperger d’eau ou de les oindre du Saint Chrême de la déontologie notariale. Non, le seul but de ce baptême serait de désigner à chaque nouvel impétrant un parrain ou une marraine.

 

On ne naît pas notaire, on le devient…

Lorsqu’ils sont nommés, nos jeunes confrères sortent généralement à peine de leur stage. Ils sont souvent dotés de qualités juridiques supérieures à celles de leurs aînés, mais manquent cruellement de pratique professionnelle. Ils sont ainsi à des années lumière des “petites astuces” transmises par nos pairs et ignorent tout de ce savoir-faire qui ne s’apprend pas sur les bancs de la fac, ni dans les écoles de notariat. Certes, le stage obligatoire, préalable à l’installation, a été renforcé par rapport à ce qui se pratiquait à une certaine époque, mais il ne remplacera jamais l’expérience. Le parrainage s’impose donc comme une solution. Il permettrait de rassurer et de conseiller le nouvel arrivant en lui évitant certains “travers”. Il s’agirait parfois d’encourager certaines actions, de protéger de trop “faibles agneaux” et, d’autres fois, de refréner les ardeurs de certains “jeunes loups” aux dents trop longues. Il permettrait d’accompagner un jeune confrère, de répondre à ses doutes, sans pour autant s’immiscer trop intensément dans sa carrière.

 

N’est pas parrain qui veut…

La désignation du parrain ou de la marraine pourrait se faire, soit lors de la visite protocolaire, soit lors de la prestation de serment devant la compagnie.

Le premier système aurait l’avantage de conseiller, d’épauler et de rassurer le candidat notamment dans son choix d’étude, dans l’aspect financier. Cela permettrait également de lui éviter certains pièges de cédants peu scrupuleux (il y en a…). Mais ce parrainage semble difficile à mettre en œuvre, bon nombre de cessions se traitant bien avant la visite protocolaire. Le second type de parrainage semble donc plus simple à instaurer. Obligatoire, il ne concernerait que les débuts de l’exercice de la profession. Il s’agirait, lors de la prestation de serment devant la compagnie, de désigner un notaire ayant déjà une certaine expérience (au moins 10 ans d’exercice).

Le “parrain” ou “la marraine” devrait avoir un profil bien précis : disposer d’un sens profond de la confraternité et de la déontologie, exercer ses fonctions dans le respect de notre serment (ce qui n’est pas toujours le cas non plus…), ne pas être le cédant ou l’associé d’un cédant, se situer dans un secteur géographique “ni trop proche, ni trop lointain” de celui du filleul… Le parrain ou la marraine pourrait être choisi par la chambre sur une liste de volontaires. Il pourrait même avoir plusieurs filleuls. Un notaire honoraire ayant cessé ses fonctions depuis un temps relativement court pourrait remplir cette mission.

 

Une charte de bonne conduite

Une charte serait signée entre le parrain ou la marraine et son filleul. Cette charte doit définir précisément les rôles de chacun. Elle doit permettre d’encadrer le filleul, sans pour autant se substituer à lui, ni être trop intrusive. Elle doit permettre le conseil, mais non le dirigisme. Il est évident que la réussite du parrainage tiendra essentiellement des qualités humaines et professionnelles du parrain ou de la marraine, et de la rédaction de la charte. Beaucoup de Chambres l’ont envisagé, mais peu semblent l’avoir réellement mis en place. Il reste à espérer que les Présidents qui seront élus en mai la mettront en place et que leurs successeurs continueront cette pratique tout en l’améliorant.