En France, nous avons coutume de porter au revers de la veste un ruban rouge en soutien du Sida, une main “touche pas à mon pote” pour lutter contre le racisme… mais, à l’exception des défilés de grévistes, rares sont les fois où nous montrons notre désaccord par des signes extérieurs. Et si les notaires se saisissaient de cette façon de s’exprimer pour hurler sagement leur ras-le-bol, leur opposition à l’acte sous signature des avocats, et leur désaccord avec l’opacité de leurs dirigeants ?

 

Pas question de boycott, ni de grève… un geste seulement, qui fédérerait la masse silencieuse des notaires inquiets qui veulent relever la tête, tant vis-à-vis de leur autorité de tutelle que vis-à-vis de leurs dirigeants, dont ils sentent confusément qu’ils les conduisent contre un mur. Quel pourrait être ce geste ? Accrocher un bout de tissu noir à chaque panonceau, ce qui devrait faire parler la clientèle, puis, tôt ou tard, la Presse. Celle qui n’a pas cru bon d’évoquer la manifestation du Zénith, trop propre, trop calme, trop bien organisée, trop bien fréquentée…

 

Un petit ruban noir

JPG - 43.9 koPour faire bonne mesure, les notaires protestataires pourraient agrafer un petit ruban noir au revers de leur veste ! À ceux qui les interrogeraient, les notaires expliqueraient les plans du Gouvernement pour parvenir à supprimer la profession notariale sans débourser un sou, dévoileraient les actions de lobbying menées par les avocats pour capter le marché immobilier jusqu’ici réservé au notariat, révéleraient les sociétés de capitaux à intérêt purement financier qui seront construites à l’avenir avec l’aide des banques, supervisées par des avocats (dont quelques ministres en exercice). Impossible ? Il suffirait que l’un d’entre nous ose, noue à son panonceau un foulard noir… Et d’autres suivront.“Repriser le filet”

La France saura vite que le notariat n’est pas constitué de patrons se rêvant en avocats d’affaires, dirigeant une société de droit et de finance internationale. Nous assistons à la désertification des campagnes par les médecins généralistes. Pour les attirer, les municipalités en arrivent à fournir des locaux à faible loyer. A quand la même situation pour les “notaires généralistes” fixés dans les petites villes, les villages, les campagnes ? Il ne s’agit pas d’installer un notariat à deux vitesses, mais tout simplement de répondre aux besoins de nos concitoyens qui ne sont pas les mêmes à Paris, à Carpentras et à perpète… C’est tellement évident que c’est gênant pour l’esprit d’avoir à le rappeler. Au siècle des Lumières (1), il y avait des notaires dans toutes les villes et dans tous les villages. Le maillage notarial n’était pas un vain mot. N’est-il pas temps de trouver les moyens de repriser le filet ?

 

1. Je donne cet exemple, car je demeure à Trévoux, qui fut le lieu d’édition du Dictionnaire et du Journal de Trévoux, connus dans le monde entier.