Je ne pensais pas que la simple ouverture d’une carte de vœux électronique, celle du groupe adsn (1), pouvait provoquer un tel choc. Si je l’avais su, je me serais abstenu. Lorsque les anneaux olympiques se sont affichés sur mon écran, tout a basculé. Cinq cercles… Et puis rien, le trou noir.

 

Lorsque j’ai ouvert l’œil, j’étais affalé sur le gazon, au beau milieu d’un stade gigantesque… Sur la piste, à quelques mètres de moi, deux équipes se préparaient. Je n’eus aucun mal à comprendre ce qui se déroulait sous mes yeux :

- d’un côté, une quarantaine de personnages en robe noire discutaient véhémentement avec leur entraîneur. De toute évidence des avocats ;

- de l’autre côté, quatre individus silencieux se tenaient assis autour d’un ordinateur dont le programme semblait littéralement les absorber. Le “logo” de leur tenue ne trompait pas : des notaires.

J’abordai un journaliste, occupé à photographier les deux équipes, pour en savoir plus.

 

Moi : Bonjour, de quel jeu s’agit-il  ?

Le journaliste : Vous arrivez d’une autre planète ou quoi ? C’est la grande finale du “quatre fois sans maître” lança-t-il.

 

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Moi : Ah, un relais quatre fois cent mètres entre notaires et avocats, voilà qui est original !

Le journaliste : Vous n’y êtes pas du tout décidément… C’est bien plus qu’un relais ! C’est une course d’élimination, la toute dernière du genre. La profession perdante sera supprimée !

 

Moi : Supprimée ?! Mais comment ça ! Sur une simple épreuve sportive ?! Ils sont devenus fous… Et l’intérêt de nos concitoyens là-dedans ?

Le journaliste : Vous ne seriez pas un peu naïf ? Avez-vous constaté une réaction quelconque lors des deux premières courses ? Lorsque les conseillers juridiques ont perdu la première, le public a applaudi les vainqueurs sans se rendre compte des conséquences. Et lorsque les avoués ont été écrasés, c’est tout juste si la course n’a pas eu lieu à huis clos… La presse ne s’en est presque pas émue. Cette finale n’intéresse vraiment pas grand monde. Vous savez, moi-même, j’aurais préféré être ailleurs…

 

Moi : Et ils vont courir comme ça ? Avec leurs robes, les avocats sont nettement désavantagés !

Le journaliste (en éclatant de rire)  : Désavantagés ! Si vous le dites ! Personne ne sait vraiment ce qu’ils ont sous leur robe… Les avoués les ont bien accusés de tricherie, mais les arbitres n’ont jamais pu faire la moindre vérification. Dès qu’on approche d’eux, ils se mettent à poser des QPC (traduisez “questions préalables au contrôle”) et menacent de saisir la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Si ça se trouve, ils ont des rollers là-dessous ! Il faut les voir filer !

 

Moi : Heureusement les notaires semblent bien préparés et leur force est dans leur unité. Regardez cette équipe soudée, silencieuse, entièrement absorbée par les conseils de leur coach. Et moderne avec ça : par VIDEO CONFERENCE ! Je vois que le Projet des Notaires de France porte ses fruits !

Le journaliste : Je ne serais pas aussi optimiste à votre place. Les notaires ne savent pas mentir, ils ne tricheront pas, et si vous regardez mieux, leur équipement n’est pas de première qualité. Ils courent avec un énorme sac sur le dos, on leur interdit de se départir de leurs traditions, de leurs institutions, de leurs panonceaux. Et je ne vous parle même pas de leurs certitudes. “Il faut faire figure”, disent-ils… Mais ce qui m’étonne le plus, ce sont les boulets qu’on leur attache aux pieds pour courir sur la piste spéciale qui leur a été désignée par leur ministre de tutelle…

 

Moi : Piste spéciale ?

Le journaliste : Oui, regardez… Les avocats courent sur le tartan, mais une piste en sable a été aménagée spécialement pour les notaires. Avec ça, je ne donne pas cher de leur peau ! La troisième course sera la bonne, exit le notariat !

 

Moi : Selon vous, le gouvernement voudrait donc leur perte ?!

Le journaliste : C’est évident, voyons, et quel que soit le camp ! Nombreux sont les avocats-politiciens, ils ont intérêt à la victoire de leurs confrères… Et ceux des politiciens qui ne seraient pas avocats auront tôt fait de le devenir. C’est la reconversion la plus rentable, voyez Rachida Dati !

 

Moi : Mais, vous avez bien dit que c’était le relais “quatre fois” sans maître ! Il reste donc deux courses, il n’est peut-être pas trop tard !

Le journaliste : Pour les notaires, si, à moins d’un miracle ! Mais le triomphe des avocats devrait être de courte durée lorsqu’ils comprendront qui est le véritable organisateur de la compétition. Peut-être auraient-ils dû se renseigner avant d’éliminer un par un leurs meilleurs appuis !

 

Moi : Et qui, selon vous, finira par triompher ?

Le journaliste : C’est évident voyons… Les juristes en entreprise ont tout fait pour être assimilés aux avocats ! Ce sont eux (entendez leurs employeurs) les adversaires de l’ultime course. Et avec les moyens dont ils disposeront, ils ne feront qu’une bouchée des vainqueurs de la troisième, quels qu’ils soient… “Sans maître”, c’était pourtant clair dès l’annonce de la première épreuve ! Mais vous savez ce qu’on dit, “qui trop ouvre la bouche néglige d’ouvrir les oreilles” et les avocats sont des bavards impénitents ! Dans un grand éclat de rire, le journaliste s’éloigna. Et je vis alors le logo étrange au dos de son gilet de reporter : “OCP – OmniCartel des Produits”. Allons, tout ceci n’est qu’un mauvais rêve… Une fois encore, je mélange tout : les JO, les menaces pesant sur le notariat, et même Robocop ! Euh… J’aimerais beaucoup me réveiller maintenant. Quelqu’un pourrait-il me pincer ?

 

1. http://www.groupeadsn.fr/voeux2012/