Mnémosyne est-elle promise à un bel avenir ? Ou s’agit-il d’une « fausse bonne idée » ? Quoi qu’il en soit, 91% des notaires que nous avons interrogés connaissent Mnémosyne. Un taux plus que satisfaisant même si 9% n’en a eu que « quelques échos » ou n’y voit qu’une référence à la déesse de la mémoire…

 

Louée par les uns, décriée par les autres, Mnémosyne laisse rarement indifférent. Pour certains, c’est l’exemple même de la vraie bonne idée, même si pour ce notaire de la Mayenne, « Il aurait fallu lancer cette société il y a 15 ans » car « le marché est pris ». « C’est certainement la solution que tout le monde attend » rebondit Jean-Marie Henri (Cantal), qui admet toutefois que Mnémosyne n’a peut-être pas été bien présentée au notariat. Pour Dominique Delhal, notaire en Lozère, « C’est une entité du notariat qu’il faut encourager, car elle se démarque des autres SSII ». Et de nous rappeler que « le capital de Mnémosyne est détenu par trois sociétés dans lesquelles le CSN est majoritaire ». Pour d’autres, aussi bonne que soit l’idée d’indépendance, gare à l’arbre qui cache la forêt car, comme le constate un Lyonnais, « Créer un monopole est dangereux » ! Et d’expliquer : « La pluralité d’intervenants sur le marché des fournisseurs est le meilleur garant de la liberté de choix, de créativité, d’écoute et de tarif ». Même point de vue pour son confrère de l’Est de la France qui conclut qu’« une saine concurrence est source d’émulation ». Enfin, si quelques-uns regrettent l’absence de consultation (« On aurait pu nous demander notre avis, après tout, nous sommes les utilisateurs ! » ), une large partie de notre panel nous avoue ne pas comprendre pourquoi et pour qui Mnémosyne a été créée. « Nous n’avons jamais compris l’objectif poursuivi, ni l’intérêt de la démarche, qui ne nous a d’ailleurs jamais été expliquée, en AG par exemple » entend-on notamment en Eure-et-Loir. Bien sûr, ici et là, chacun a son idée pour expliquer « l’opacité de la démarche ». Quelques esprits libres y voient « une opération purement commerciale », « l’occasion de flatter l’ego du notariat » ou encore une tentative de « formatage du notariat ». Mais le plus souvent, ce déficit d’informations alimente des craintes (« Les retards pris dans ce projet inquiètent mes confrères et consoeurs. Mnémosyne est-il prêt ? Peut-il répondre à nos attentes ? ») et lui confère une faible, voire une mauvaise réputation : « Les ouï-dire semblent indiquer que c’est un fiasco ». Comme quoi, vivre caché n’est pas toujours gage de bonheur…

 

Mnémosyne, pourquoi ?

C’est la question que nous avons posée à notre panel. Pour 78% des notaires interrogés, la création de Mnémosyne a pour objectif de fournir aux notaires un logiciel parfaitement adapté à leurs besoins. 74% estiment également que Mnémosyne vise à rendre le notariat indépendant des autres sociétés de services informatiques. En revanche, 61% n’y voient pas un moyen de faire réaliser des économies aux notaires et au notariat. Ainsi, nombreux sont ceux qui, à l’instar de ce notaire du nord, trouvent « particulièrement lourd de développer et d’assurer l’évolution d’un logiciel destiné à un marché très limité sur lequel existent déjà des prestataires bien implantés ». N’aurait-il pas mieux valu imposer aux SSII de rendre leurs systèmes compatibles, comme le suggère un notaire d’Ille-et-Vilaine, ou encore opter, comme nous y invite Pierre-André Treillard, notaire en Loire-Atlantique, pour l’open source 1 ?

 

L’avis de ceux qui « pratiquent »

Un notaire de notre panel sur dix a fait appel aux services de Mnémosyne. L’indice de satisfaction est bon, voire très bon en ce qui concerne la formation proposée (67% en sont contents), la maintenance (56%) et enfin le coût (75%). Quant au produit, 43% des notaires interrogés en sont satisfaits. Ainsi, Corinne Dessertonne-Brossard (Paris) trouve les logiciels « complets, rapides et pratiques » et Dominique Delhal (Lozère) apprécie le fait que Calliope 2 soit plus « axée sur le notaire ». Même point de vue pour ce notaire chez qui le logiciel est en cours d’installation : « le côté rédactionnel de l’acte semble être pensé pour les notaires par les notaires ». D’autres sont plus nuancés. Ils estiment que des perfectionnements sont nécessaires pour que le système soit compétitif. Christian Dalle, notaire à Grandrieu, dit avoir essuyé les plâtres, la mise en application de la version 1 étant laborieuse. Il espère que la version 2, prévue fin 2006, sera mieux adaptée, « surtout en vue de télé@actes ». De même, Jean Bernard Prévost, notaire à Levet (Cher) regrette la mise en vente d’un produit non fini. « Nous avons été démarchés il y a deux ans, explique-t-il, pour une installation presque immédiate. Or, le produit n’était pas au point du tout. D’où perte de confiance ». Olivier Thinus (Marne) se veut rassurant : « Après quelques problèmes de jeunesse, il y a une réelle volonté de bâtir des formules d’actes complètes avec les notaires utilisateurs ». Un argument fort qui devrait être entendu du notariat…

À savoir : 48% des notaires interrogés ont été démarchés par Mnémosyne.

 

Le point de vue des « non pratiquants »

« Un logiciel fait par et pour les notaires », voilà un argument de poids qui fait rêver ! Et du rêve à la réalité, il n’y a parfois qu’un pas. Ainsi, 20% de notre panel envisage de faire appel aux services de Mnémosyne. C’est le cas notamment de François Jouvel, notaire à Grasse, qui préfère utiliser « un logiciel de la profession dont les seuls utilisateurs sont les notaires ». De son côté, l’Ariégeois Michel Guitard semble convaincu par les démonstrations auxquelles il a assisté et évoque « une parfaite maîtrise des systèmes et une grande rigueur ». Enfin, pour Patrick Ringot, notaire à Meschers-sur-Gironde, il n’y a pas de doute : « Mnémosyne est à l’informatique et à la bureautique ce qu’Unofi est à la gestion de Patrimoine. C’est l’interlocuteur multifonction qui était indispensable face aux multiples opérateurs qui dialoguent mal entre eux ». Pourtant, 70% de notre panel n’est pas intéressé par les services de Mnémosyne, soit parce qu’il est satisfait de ses prestataires (« On a des systèmes qui fonctionnent » lit-on ici et là), soit parce qu’il estime que le produit doit faire ses preuves. « Il ne m’apparaît pas techniquement au point » confie un notaire d’Eure-et-Loir. Son confrère de la Marne renchérit : « Tant que Mnémosyne ne nous aura pas clairement indiqué comment elle souhaite utiliser, gérer et mettre à jour sa bible actes, je crois qu’elle n’aura pas le succès escompté par ses créateurs ». Un notaire alsacien regrette également qu’à ce jour Mnémosyne ne se soit pas impliqué « dans l’informatisation du livre foncier alsacien mosellan, en vue d’adapter leurs logiciels métiers aux besoins spécifiques des notaires des trois départements de l’Est ». Enfin, dans le Pas-de-Calais, le manque d’intérêt des instances régionales pour ce « produit initié et proposé par les instances nationales et pour lequel la Caisse des Dépôts et Consignations s’est investie » en laisse perplexe plus d’un et inspire de nombreuses métaphores, dont celle du Titanic : « Mnémosyne est appelée à disparaître à court ou moyen terme car elle est lâchée par le CSN » écrit un anonyme, reprenant au vol une rumeur qui ne cesse d’enfler. Pas du tout, nous écrit un autre anonyme, « le CSN lui aurait octroyé une ligne de crédit de 19 millions d’euros (à dépenser sans comptes à rendre) jusqu’en 2009 ». Méchante prédiction, fantasme ou réalité ? Les « voies » du Seigneur sont parfois surprenantes…

 

1. L’open source, c’est l’ouverture à tous ceux qui le souhaitent du code source des programmes (le cœur du programme lui-même). Le Code source n’appartient pas à son concepteur, mais à tout le monde. Lire à ce propos article de Jean-Marc Moreau page 20, N2000 n°460, intitulé « Open Source ».