Yvon ROSE, notaire à Saint-Cyr-au-Mont-d’Or (69), répond à l’article de notre rédacteur Pierre BERTRAND, publié en novembre dernier (N2000 n°461, page 8, “To be or not to be”) et nous livre son opinion.

 

“La nécessité absolue d’acquérir des spécialisations oblige à réfléchir sur ses implications, notamment structurelles et communicationnelles.
 
– Structurellement, le notaire spécialiste reste à inventer. À l’image de la médecine, on peut raisonnablement concevoir, en plus du notaire généraliste, la place pour un notaire spécialiste. Certes, ceci est réalisé de fait, quelquefois dans les grandes SCP, mais pas pour l’immense majorité des offices. Le notaire spécialiste, à l’image de la médecine, reste à créer, pour peu que l’imagination du notariat soit aidée en levant les obstacles, comme ce fut le cas du notaire salarié. Certains craignent un détournement de clientèle. Mais le médecin généraliste souffre-t-il de la concurrence des médecins spécialistes ? La réponse est négative. Vouloir être compétent sur tout, tout le temps, est déraisonnable, irréaliste et suicidaire. Se pose alors le problème de la création d’office spécialisé. Cette réforme structurelle répondrait à la segmentation des besoins de la clientèle.
 
– Implications communicationnelles Face à un problème, le client s’oriente vers le “spécialiste”. Reconnaissons qu’il est aujourd’hui impossible à un client de connaître le notaire spécialiste, en recourrant par exemple aux pages jaunes et même au bouche-à-oreille. L’unité du notariat ne serait pas mise à mal, car le notariat regrouperait l’ensemble des notaires spécialistes et généralistes à l’instar de l’Ordre des médecins. À la réflexion, il faudrait donner tous les attributs d’authenticité et de responsabilité aux notaires spécialistes pour ne pas en faire une profession à part. Le danger me paraît plus grand de laisser les clients se tourner vers de grands cabinets que craindre des détournements de clients à l’occasion de problèmes pointus. Le constat de la quasi-inexistence d’impact de la spécialisation telle qu’elle est conçue actuellement devrait nous amener à une réforme beaucoup plus audacieuse, profonde et efficace.”