Ce matin, j’ai rendez-vous avec une superbe blonde aux yeux bleus, grande et mince, vêtue d’une tenue mettant en valeur sa parfaite plastique. « Super, me dis-je, ça change des vieilles rombières locales qui modifient leur testament en fonction de leur transit intestinal ! ». La « bombe slave » se prénomme Adriana Carambouille et vient justement pour un testament.

 

- Maître, c’est horrible, ma tante Euthanasie Olographe qui avait 92 ans vient de s’éteindre, elle était comme une mère pour moi ! Deux larmes perlent de ses jolis yeux. Je m’empresse de lui tendre ma boîte de kleenex.- Elle m’avait confié cette enveloppe, balbutie-t-elle. Elle m’avait fait promettre de vous la remettre à son décès, sans m’en préciser le contenu.

- Avez-vous l’acte de décès Mademoiselle Carambouille ?
- Le voici.

 

En plus d’être mignonne, elle est intelligente, me dis-je. Je constate que le décès date de la veille. Mignonne, intelligente et rapide ! J’ouvre l’enveloppe dont je retire une feuille blanche sur laquelle je lis, d’une écriture relativement régulière pour une personne de l’âge de la défunte : « Ceci est mon testament. J’institue ma nièce Adriana légataire universelle, pour la remercier de sa présence et de sa disponibilité. À Jarnac, le 10 novembre 2008. Signé Euthanasie Olographe. »

 

– Chère Mademoiselle, je vous informe que vous êtes la seule héritière de votre tante, si celle-ci n’a pas d’enfant, lui dis-je. Adriana éclate en sanglots.

- Jamais je n’aurais imaginé qu’elle prive ses autres neveux de sa succession à mon profit. Et dire que je ne peux même plus la remercier ! Excusez-moi Maître, c’est l’émotion, je suis tellement surprise par ce que vous m’apprenez.

 

Je lui demande une pièce d’identité qu’elle me présente immédiatement en me confirmant que sa tante n’a pas d’enfant et n’a jamais été mariée.

 

Infos explosives

Pour l’impressionner, je lui explique que je suis doté d’une connexion intranet avec le fichier central des testaments et qu’en quelques clics, si le Réseau des Escrocs Anti-notaires Libres fonctionne, je peux vérifier qu’il n’existe pas d’autre testament. Effectivement, le compte rendu du fichier est négatif.

- Tiens, lui dis-je, votre tante n’a pas consulté de notaire à l’occasion de son testament qui aurait inscrit l’existence de celui-ci et garantit qu’il soit exécuté à son décès ?

- Vous savez ma tante était très secrète.

Je l’interroge sur la consistance de la succession. La charmante nièce connaît sur le bout des doigts l’état du patrimoine et notamment les soldes des avoirs bancaires.

- Votre tante avait-elle souscrit des contrats d’assurance-vie lui demande-je ?

- Je ne sais pas, bredouille-t-elle. De quoi s’agit-il ?

- Ce sont des contrats dans lesquels il est désigné une personne bénéficiaire des capitaux en cas de décès et qui sont présentés comme étant « hors succession ».

- Ah oui, je vois, c’est ce que le banquier que j’ai vu ce matin m’a indiqué. J’ai dû lui fournir une pièce d’identité et un RIB. Mais il s’occupe de tout et il m’a dit que le notaire n’avait rien à voir à ce propos. En plus, il m’a proposé de diviser par deux les droits d’entrée si je réinvestis les 200 000 euros chez lui.

 

Je prends congé de ma charmante visiteuse après avoir pris les renseignements d’usage et lui avoir expliqué les formalités liées à l’exécution d’un testament olographe. La bombe blonde m’apparaissant de plus en plus explosive en terme d’honnêteté, j’appelle l’hôpital où est décédée la tante. La défunte y était hospitalisée depuis septembre 2008, date à laquelle elle a été admise suite à une « attaque cérébrale » l’ayant paralysée des membres supérieurs…

 

Réforme

Une sonnerie me réveille : c’est le téléphone. Cette succession n’était qu’un cauchemar… qui aurait pu être réalité. Faut-il encore transférer des patrimoines sur la base d’un testament olographe qui, s’il n’a pas été établi devant notaire, ne garantit pas que c’est le défunt qui l’a rédigé et qu’il ne l’a pas fait sous la contrainte ? Qu’est ce qui nous prouve que le défunt avait la capacité nécessaire au temps de la rédaction ? Quid de la date certaine ? Pourquoi ne pas supprimer les testaments olographe et authentique tels qu’ils existent actuellement et les remplacer par un testament authentique reçu par un seul notaire, choisi par le testateur ? Ainsi aurions-nous les garanties que n’apporte pas le testament olographe et serions-nous débarrassés des lourdeurs pouvant dissuader une personne de recourir au testament authentique.