Plus de 7 000 notaires rassemblés, du jamais vu ! Un triomphe ? Non, car le grand frisson de la peur était passé. On est venu se rassurer, se réconforter dans cette affluence quasi unanime. Digérer la demi victoire qui se révèle n’être qu’un match nul. Si l’essentiel a bien été préservé, une brèche est belle et bien béante, sa garde en sera malaisée…

 

Assemblée calme lors du discours attendu de notre Président, comme après une tempête, mais concentrée, tendue, tout à sa découverte qu’il y a bien “un pilote dans l’avion”… Tranquillement, mais avec une force contenue, Jean-Pierre Ferret assoit son statut de chef avec des propos sans concession. Confusément, un consensus s’installe dans un silence solennel, la découverte et la reconnaissance d’un patron solide, sachant dire ce que chacun a sur le cœur : l’incompréhension qui répond à la défiance. Ainsi naît le sentiment inexprimé qu’une page se tourne… “Avant”, c’était la base qui “poussait”, tout en vilipendant la lourdeur de la tour Maubourg. Voilà qu’on devra s’habituer, sans transition, à être “tiré” par le haut.

 

Révolution des esprits

Cette tendance était en gestation. Elle se montre ici clairement. Ces dernières décennies ont vu l’adaptation notariale par d’importants moyens matériels investis et promus. Cette pression va s’accentuer. C’est à une révolution des esprits que nous sommes désormais invités, sans effet oratoire ! Nous allons devoir régler le vrai problème des petits actes et dossiers déficitaires et chronophages qu’il va pourtant falloir traiter correctement. Pour dégager nos énergies vers la conservation, voire la reconquête des plus gros dossiers, convoités et déjà largement absorbés. Seuls des offices spécialisés à compétences affirmées pourront prétendre à ce marché. Là réside bien la source profonde de nos maux. Nos chefs entendent donc y porter le fer ! Nous devons ici saluer la sagacité de nos structures, à commencer par leur sommet. La convoitise immobilière, objet de ce conflit, n’était en réalité dirigée que par la plus grosse artillerie d’importants cabinets d’avocats de nos plus grandes métropoles. Certains sont déjà sous la coupe de géants anglo-américains ! Il est évident que le seul frein à cette boulimie était le passage obligé sous le panonceau pour la partie immobilière de l’opération. Faire sauter ce verrou, grâce auquel quelques notaires pouvaient encore se maintenir vaille que vaille, était bien le but poursuivi. Nous aurions bien sûr gardé les petites ventes et autres échanges dévoreurs de temps et de moyens ! Or nous ne pourrons sauvegarder, à terme, ce gros immobilier, qu’en étant aptes à régler le dossier global dans toutes ses composantes.

 

Indispensable vitrine

La démonstration implicite nous a bien été faite que satisfaction devra être donnée au client ! Bien piloté par son cabinet, il ne tolérera plus ce passage jugé anachronique. Notre très grande majorité se demande quel intérêt peut bien représenter cette question réservée aux “gros”. Mais nous savons bien que nos petits et moyens offices, bien répartis, sont notre indispensable “vitrine”. De même est-il risqué, sinon impossible, de se couper par abandon de nos offices les plus “gros” et d’autant plus vulnérables. En les soutenant, nous conservons une manne financière qui assure le bon fonctionnement de nos structures. C’est une autre vitrine, un rempart contre “tous nos amis qui nous veulent du bien” et aimeraient tant s’approprier “notre job”. On a bien vu ici ou là s’exacerber quelques mouvements et humeurs de certains qui estiment trop cotiser. Réciproquement, la majorité recule à soutenir ces mammouths. Un peu de réflexion et d’humilité nous rappellent cependant que, dans ce domaine, nous sommes bien en étroite interdépendance et réciprocité. Ainsi donc la base suivra. Non sans grogner, d’autant plus fort que nos chefs hésitent à tout mettre à plat. Un tel étalement démystificateur n’est certes pas dans notre culture du secret. C’est pourtant à ce prix que notre page se tournera dans la sérénité et la cohésion. Tel sera le challenge de notre prochain président Benoît Renaud. Nos vœux de nouvel an l’accompagnent.