Marianne, jeune notaire stagiaire, commence à se familiariser avec les rouages de la profession. Elle s’interroge sur l’avenir du notariat et sa nécessaire modernisation…

 

Et si la spécialisation était une solution pour moderniser la profession ? Rassurez-vous, il n’est pas question de remettre en cause la vocation généraliste du notaire : elle est essentielle, surtout dans les zones rurales. Il suffit de voir le film “Par-devant notaire” pour s’en convaincre… Simplement, je constate qu’il y a “plusieurs notariats”. Certaines façons de travailler peuvent tout naturellement conduire à la spécialisation. Alors, pourquoi s’en priver ? Finalement, il y a des domaines que l’on maîtrise mieux, et des dossiers que l’on préfère traiter ! Et puis, c’est un excellent moyen :

- d’améliorer notre compétence dans une matière : il n’est pas rare qu’un client dise : “Je n’ai rien compris au jus de fruit !”, or ce qui se conçoit bien ne s’énonce-t-il pas clairement ?

- d’optimiser la qualité du service rendu, et par conséquent l’image de marque du notariat : les clients auront affaire à un spécialiste en qui ils auront de plus en plus confiance car le résultat sera là !

- de faire face à la complexité croissante des matières juridiques, aux nouveaux droits, revirements de jurisprudence et lois qui s’amoncellent.

- de reconquérir certains domaines laissés à d’autres juristes, voire d’en gagner ! Je pense notamment au droit commercial et au droit des affaires où nous sommes largement supplantés par les avocats et les experts-comptables. J’en entends déjà certains me rétorquer que “les clients ont LEUR notaire” et qu’à partir de là, la spécialisation n’a pas raison d’être… Certes. Mais rien n’empêche des associés, pour certains dossiers, de se confier des clients en les rassurant, en les guidant et en leur demandant s’ils sont satisfaits à la clôture. Et les jeunes ?

 

La modernisation de la profession, ça passe aussi par la relève ! Or, papy boom oblige, dans quelques années, beaucoup de notaires vont prendre leur retraite et chercher à céder leur étude. De jeunes candidats vont devoir prendre leur suite…mais seront-ils assez nombreux ? Et comment motiver les étudiants à rejoindre nos rangs ?

- en leur offrant des perspectives d’évolution et de rémunération intéressantes : à titre d’exemple, avec un bac + 4, un étudiant de l’ESSEC a une première paye bien plus importante qu’un notaire stagiaire avec son DESS en poche ! De plus, cet étudiant en commerce peut voir sa rémunération augmenter, parfois, de 10% par an !

- en développant les formations complètes et professionnalisantes, comme l’IUP* : en effet, celles-ci permettent de toucher, dès le début, à la théorie comme à la pratique, et ainsi d’intéresser les jeunes plus directement. On leur apprend un métier et pas seulement de grands principes, les étudiants vont vite sur le terrain et se rendent compte rapidement si le métier leur plait.

- en jouant la carte de la parité : Il y a de plus en plus de filles dans les facultés, les écoles… Et elles s’en sortent plutôt bien puisqu’elles occupent souvent les premières places ! En fin de parcours, le milieu professionnel n’y échappe pas non plus : le nombre de femmes notaires et celui de collaboratrices augmentent. Hélas, “même chez nous”, les femmes sont encore sous-payées par rapport aux hommes. Une étude a montré que la différence de rémunération, pour les notaires assistants en région parisienne, pouvait aller jusqu’à 25% ! Souvent, c’est le prétexte du congé de maternité qui est avancé… et cela nous suit longtemps. Facile, non ? Eh oui, il y a des pensées archaïques qui subsistent, il serait peut-être temps de leur tordre le cou.

 

* IUP : Institut Universitaire Professionnel basé à Poitiers.