Voici une petite charade. Elle décrit un régime institutionnel européen. A vous d’en deviner le nom et la situation géographique !

  1. Mon premier est une “sorte de conseil des ministres”, figurant au sommet de ce régime, et qui a à sa tête un président. Ce “président du conseil” est désigné suivant cooptation par ses pairs, parfois bien des années avant sa prise de fonction effective. Il est, par ailleurs, 2e puis 1er vice-président avant de devenir président en titre. Son mandat, non renouvelable, est de 2 ans. D’aucuns s’exclameront en mettant en exergue sa brièveté pour souligner le caractère démocratique de cette désignation tout en omettant le fait que la succession de 10 dictateurs en 20 ans n’a jamais transformé une dictature en un régime démocratique.
  2. Mon deuxième concerne le mode d'”élections”. Dans le droit fil de ce qui précède, les responsables nationaux et régionaux sont davantage désignés qu’élus (même si leur “désignation” se pare, en apparence, des atours d’un principe électif traditionnel d’apparat). Ainsi, la cooptation est la règle de ce régime. Et si l’on se prend à féliciter maladroitement un “élu” pour son résultat “électoral” en soulignant qu’il sera le prochain président, celui-ci vous rétorquera hypocritement “on verra bien, ça n’est pas encore fait…“.
  3. Mon troisième est relatif au Parlement, dont ce régime est doté.Il est composé de délégués régionaux, réunis plusieurs fois par an en une sorte d’assemblée générale. Celle-ci est censée adopter les décisions importantes. En fait, c’est une espèce de chambre d’enregistrement avec le côté bien entendu péjoratif attaché à cette acception. Certains de ces délégués seront un jour membres du conseil des ministres et peut-être un beau jour président. Le besogneux ambitieux aura le plus de chance de parvenir à l’échelon suprême à force de consensus mou teinté d’abnégation. Mais en attendant le jour de gloire et le temps de “faire sa place”, il avalisera sans coup férir la plupart des décisions qui lui seront soumises. On retrouve le même système cooptatif en région, avec souvent à sa tête des ambitieux régionaux tenant les doigts sur la couture du pantalon lors des assemblées régionales à la lecture de la ligne directrice du conseil des ministres. Si la plupart d’entre eux sont sincères, ils participent d’un système dont ils se satisfont, se sentant par ailleurs légitimés par le simulacre électif qui les a menés aux fonctions dirigeantes. Ils devanceront alors toute éventuelle critique par la phrase lapidaire type “de toutes façons, personne ne voulait la place !”. Il est vrai que la démocratie se mérite et doit être désirée. Encore faudrait-il pour cela qu’elle soit désirable !

Alors, vous avez deviné de quel régime il s’agit ? D’un régime de l’Europe de l’Est ? D’un ancien satellite de l’ex-Union Soviétique ? Que nenni ! Bon allez, je cesse de vous faire languir. Mon TOUT est… le notariat français !

Si nombre de confrères ont été choqués par les méthodes du gouvernement utilisées pour mener à son terme le projet de loi Macron, combien d’entre eux s’offusquent de celles employées “à la Tour” ? Nombreux sont les notaires qui ont fustigé les dérives d’une technocratie vampirisant la démocratie parlementaire alors qu’au sein même du bureau un énarque directeur général emploie les mêmes procédés éculés ! Il est vrai que d’anciens présidents viendront vous chanter la chanson bien connue “tout va très bien…”, vous connaissez la suite, et clameront ensuite que notre institution, imparfaite s’il en est, satisfait cependant la plupart des notaires. Cet air-là n’est plus audible ces temps-ci ! Peut-être serait-il temps de se demander si les notaires ont envie de s’engager dans un processus où tout est déjà planifié et décidé par avance ? Si la démocratie doit d’abord donner envie, force est de constater que cette démocratie-là ne nous met pas en appétit.

Le droit de vote existe cependant. Les candidatures libres sont aussi possibles. Le contre-pouvoir doit commencer par-là. Rien n’est inéluctable !

 Arnaud HoteIMG_6518