Purs produits de la propagande rancunière de certains “évincés”, les notaires assistants qui “bénéficient” de la liberté d’installation, n’ont peut-être pas mesuré la difficulté qui sera la leur…

En quelques mois, sous le presque seul prétexte de venir en aide à ces “pauvres jeunes notaires assistants” qui ne parviennent pas à s’installer et ne peuvent exercer leur profession, le gouvernement est parvenu à détruire toutes les perspectives d’avenir :

  • de nombreux employés, comme les clercs habilités non diplômés qui ont été proprement guillotinés pour l’exemple ;
  • de nombreux employeurs. Par exemple, ceux qui sont encore lourdement endettés pour avoir accepté les règles du jeu sans s’attendre à ce qu’elles soient modifiées radicalement en cours de partie, et ceux qui ont soudainement vu fondre leur capital-retraite à quelques mois ou années seulement de la période à laquelle ils avaient prévu de le réaliser.

Nous voilà donc dans une situation tout à fait imprévue. C’est un peu comme si on avait inondé le stade pendant un match de football et que l’on demande aux joueurs de terminer la partie en water-polo !

Et maintenant me direz-vous…

Eh bien c’est là que tout commence, ou que tout finit. Tout dépendra, c’est une évidence, du tarif. Or, le calendrier des décrets se préoccupe paradoxalement assez peu de cohérence.

  • En octobre, publication du décret relatif aux remises pouvant être accordées par les professionnels.
  • En octobre aussi, définition des données statistiques que devront fournir les instances représentatives.
  • En octobre encore, les modes d’évaluation des coûts pertinents de la rémunération raisonnable et caractéristiques de la péréquation.
  • En octobre derechef, critères détaillés permettant de définir les zones dans lesquelles les notaires peuvent s’installer librement.
  • En octobre toujours, les conditions de manifestation d’intérêt et de nomination.
  • En décembre, les conditions d’exercice de la profession de notaire dans le cadre d’une entité dotée de la personnalité morale…
  • En mars 2016, la redéfinition complète du tarif…

Vous ne trouvez pas qu’il y a quelque chose d’anormal ? Vous pourrez faire des remises et on définira la péréquation alors même que le tarif n’aura pas été publié ? La définition d’un nouveau tarif est pourtant la condition même de tout le reste !

Questions

Si quelqu’un envisage de s’installer sans savoir exactement quelles seront les conditions d’exercice de sa future profession, pourquoi avons nous eu autant d’exigences à l’égard de ceux qui postulaient précédemment ?!

Pourquoi des Chambres et Conseils Régionaux de notaires ont-ils été condamnés pour avoir laissé d’imprudents candidats à la reprise s’installer dans des études dont ils avaient mal apprécié les capacités financières ?

Qui, par conséquent assumera les conséquences inévitables des mauvaises estimations du potentiel de développement des Études nouvelles ?

Une fois encore, on constate que le Gouvernement n’a pas compris les fondements réels de l’activité notariale. Bien sûr, les chantres de la liberté sont satisfaits. Bien sûr, ils clament que les meilleurs survivront, et n’ont pas le moindre doute sur leurs immenses capacités (et la piètre qualité de ceux qui ont été “cooptés”). Pourtant, il y a parmi eux la même proportion harmonieusement répartie de génies scolaires qui se révéleront des praticiens incompétents, et d’élèves médiocres dotés du talent inné pour une profession qui ne s’apprend pas que dans les livres ! Quant à moi, je n’ai ni haine ni admiration pour ceux qui ont milité pour cette liberté d’installation qu’on leur présentait comme “juste” et qui leur a été donnée (et reprise instantanément en grande partie) par un Gouvernement qui semble se préoccuper plus de quelques milliers de jeunes diplômés qui s’estiment trahis que des centaines de milliers de personnes qui seront à des degrés divers victimes de cette réforme hâtive et idéologique.

Une jolie fleur…

Au tout début de cette « guerre macronique » j’avais “twitté” une image, je vous la montre une nouvelle fois. Comme les promesses d’installation “facile, gratuite, et à l’endroit que l’on choisit” que l’on vous a vendues, celui qui m’a un jour vendu un bulbe a eu des arguments très convaincants !

Comme un parfum de liberté

« Vous verrez, c’est une plante magnifique, pas compliquée à entretenir, et qui décore bien votre intérieur, elle produit une sorte de « palmier » au tronc massif se terminant par un feuillage retombant en étoile du plus bel effet.

Et cerise sur le gâteau, si vous lui trouvez l’emplacement adéquat, au bout de plusieurs années, vous aurez peut-être l’immense chance de la voir fleurir. Une fleur colossale de plus de 80 cm de haut, 30 de diamètre, d’une couleur étrange ».

Et il avait même ajouté, sauf erreur « Une récompense à la hauteur des soins que vous lui aurez prodigués pendant ces longues années… »

Comme vous, j’ai bondi sur l’occasion (le prix du bulbe était tout à fait abordable, et j’aime assez les surprises botaniques).  J’ai planté, j’ai soigné, j’ai patienté, fébrile à chaque nouvelle pousse : « vais-je enfin recevoir la récompense de mes efforts ?”. Et puis un jour, au lieu du tronc marbré unique habituel, deux pousses simultanées, dont une constituée d’une sorte de bulbe ! ENFIN ! 5 ans après, la fleur allait venir combler mes espérances… C’était juste avant le Congrès des notaires de Lyon, et je n’avais qu’une crainte, que la fleur survienne et fane pendant mon absence. Voilà qui aurait été bien triste ! Mais non, la chance était avec moi : La fleur m’a attendu… J’étais presque comme vous en ce moment, fébrile, heureux (nous autres TPO savons avoir des joies simples!) et la fleur se déploya, majestueuse, en tous points conforme aux descriptions du vendeur de bulbe… Eh bien, pour tout vous dire, votre liberté d’installation, elle est comme ma fleur ! (Excusez les termes un peu triviaux, mais il ne m’en est pas venu d’autre lorsque j’ai senti le fumet délicat de ma magnifique plante) : Elle SENT LA M… ! Dépêchez-vous de mettre le pied gauche dans le lieu espéré de votre future installation libre et gratuite, ça vous portera peut-être bonheur ! C’est tout le mal que je vous souhaite ! Ah au fait, j’ai aussi des bulbes à offrir (on m’a appris qu’on ne vendait pas des horreurs pareilles) d’une plante magnifique qui agrémentera vos bureaux tout neufs… si vous souhaitez doubler les plaisirs !

Didier Mathy